Témoignage de Maxime tiré du livre
« Dieu parle dans les banlieues du monde »
de Daniel GODEFROY et Krystel BUJAT
Editions SALVATOR – Avril 2000
– « Tu vois, me dit Maxime en me montrant un cadre suspendu à l’entrée de sa maison, ce sont ici les photos de mes amis qui sont les martyrs de la foi chrétienne en Algérie ! » Sur les photos, les sept moines de Thibirine, une religieuse, un évêque, le Père Pierre Claverie, Mohammed son chauffeur, tous assassinés dans les cinq dernières années par les islamistes du GIA.
Je n’avais pas revu Maxime depuis dix-huit ans, depuis ce jour de l’été 1980 où il m’avait invité avec quelques amis chez lui en Algérie… Le hasard fait que nous habitons maintenant dans deux villes proches de la banlieue parisienne. Il me reçoit avec beaucoup de gentillesse et de chaleur… Joie des retrouvailles…
Maxime et le gardien d’un centre paroissial et diocésain de la Seine-Saint-Denis depuis maintenant près de quatre ans… Il est connu et aimé de tous les chrétiens qui viennent là des quatre coins du diocèse pour des réunions, des enfants qui viennent pour la catéchèse… mais aussi des Maghrébins du quartier qu’il va visiter chez eux, des personnes de toute nationalité et de toute religion qui viennent sonner à sa porte… et de quelques SDF qui aiment venir prendre une douche chez lui et trouver une écoute, le temps de prendre un petit café ou une bière partagée avec lui … Il est disponible à tous.
– « J’essaye de suivre l’exemple de mon Père spirituel, le Père Claverie, mon évêque à Oran, que j’ai fréquenté jusqu’en 1994. Il était très ouvert et proche de tous les gens simples quelles que soient leur origine ou leur religion. Quand j’ai été baptisé, j’ai décidé : je vais me mettre au service de mes frères. D’ailleurs, je n’ai fait que suivre le conseil de mon père qui me disait, alors qu’il n’était pas chrétien : « Celui qui veut être le meilleur doit être au service de ses frères. » Que ce soit en Algérie où ici, j’essaye de vivre de cela. »
Algérien, Maxime a choisi de se faire baptiser à l’âge de vingt-sept ans, après son service militaire… Fier de vivre de la même foi qui a animé la vie de Saint Augustin et de la chrétienté berbère avant l’islamisation de l’Algérie, Maxime n’hésite pas à parler de sa foi à tous ceux qui veulent dialoguer avec lui.
– « Quand j’ai demandé à être baptisé ce n’était pas pour me convertir et changer de religion mais pour rejoindre mes origines. Vivre le baptême d’eau, c’est être plongé dans la mort et la résurrection de Jésus. On vit désormais avec Quelqu’un qui est vivant. C’est l’Esprit qui nous guide, et il nous mène où il veut. «
Maxime tient à ce que les chrétiens algériens soient respectés. Il a été mis en prison à cause de ses convictions chrétiennes. Au bout d’un mois, il est libéré suite à des interventions du cardinal Duval et du pèreTessier aujourd’hui évêque d’Alger. Il accueille chez lui des personnes de toutes opinions et organise des rencontres de découverte de la foi chrétienne avec des étudiants africains. Il tient un petit commerce et gère bénévolement la bibliothèque de sa paroisse près d’Oran.
– « Je faisais souvent des retraites chez les moines de Thibirine. Les moines étaient des frères pour moi. Ils vivaient dans une région très pauvre et témoignaient auprès des gens de leur joie d’être chrétien par le service de tous. Ils avaient une action sociale auprès de la population. Frère Luc était médecin et soignait tout le monde dans les villages de la montagne. Avant la construction de la mosquée du village, ils avaient donné un local pour faire un coin de prière, et, dans le jardin, ils avaient construit une école pour les enfants du village. Etre proche des gens et n’exclure personne, vivre pauvre au milieu des pauvres, c’est la meilleure manière de témoigner de sa foi chrétienne dans un pays musulman. »
Et puis peu à peu l’islamisme a généré l’intolérance dans tout le pays avec les crimes que l’on sait, dus à des fanatiques du GIA. Un soir de mai 1994, un homme sonne à la porte de Maxime et demande à le voir. A peine avait-il ouvert sa porte que l’homme sort un revolver de sa poche et tire trois coups de feu sur Maxime et tente de s’enfuir. Les trois balles ont traversé les intestins. Transporté à l’hôpital, Maxime vomit son sang et s’évanouit.
– « Lorsque je me suis réveillé, un de mes amis m’a dit : Jésus n’a pas voulu de toi !
»
Après son rétablissement, son évêque le Père Claverie, lui demande de quitter le pays. Il part alors pour la France où un couple ami de l’évêque l’accueille pendant plusieurs mois… Puis il trouve ce travail de gardien au centre paroissial où il m’accueille aujourd’hui. Depuis son arrivée en France, plusieurs amis qui l’ont aidé et soutenu ont été assassinés. Mais lui continue sa mission dans la paix et la confiance espérant retourner dès que possible dans son pays :
« Etre chrétien, c’est être libre. Ce n’est pas faire n’importe quoi. C’est être au service de tout le monde. C’est prendre sur soi et aimer sans rien attendre en retour. Pour moi, la vérité de l’amour , c’est Jésus-Christ. Jésus à donné sa vie et son cœur pour tous les hommes. En lisant les écrits de Charles de Foucault, j’ai découvert quelqu’un qui a vécu en Algérie et qui a suivi le chemin du Christ : il est devenu le frère de tous les hommes. Aimer, c’est aimer sans frontières. »
« Pour le chrétien, il n’y a pas d’étranger, il y a le prochain que nous rencontrons et qui a le plus besoin de nous.L’amour du Christ ne connaît pas de frontières » (Edith Stein).
Message affiché dans la maison de Maxime.