Cher Util,
Tout d'abord un grand merci pour votre intérêt pour le site de Notre-Dame de Kabylie, et son action évangélisatrice. Votre message vous identifie comme protestant, c'est-à-dire pour nous catholiques un frère en Christ. Je vais tenter de répondre aux questions de votre message, mais après avoir noté qu'avec les évangélistes du pasteur Saïd Oujibou, ce site a mené une action résolue de défense des chrétiens issus de l'islam, et des chrétiens des pays arabes, à l'occasion du séminaire islamo-catholique de Rome (4-6 novembre 2008) dans le cadre d'un appel de 144 (chiffre ô combien symbolique, et pourtant du au "hasard") signataires, cf.
http://www.notredamedekabylie.net/Dialogueislamochrétien/Chroniquedesévènementsdudialogue/tabid/83/articleType/ArticleView/articleId/369/APPEL-des-CHRETIENS-du-monde-MUSULMAN.aspx
Cet appel, refusé pour publication par les sites des grands médias français, a été traduit en italien et en anglais par le père Cervelera directeur de "AsiaNews.it", lié à l'Institut Pontifical des Missions Etrangères, qui l'a largement diffusé:
- en italien sur "Musulmani convertiti al cristianesimo chiedono libertà religiosa agli esperti radunati in Vaticano"
http://www.asianews.it/index.php?l=it&art=13673&theme=8&size=A
- en anglais "Muslim converts to Christianity ask religious experts at Vatican meeting for religious freedom"
http://www.asianews.it/index.php?l=en&art=13673&size
Sur la base de cette dernière traduction, l'appel des 144 a été repris sur de très nombreux sites étrangers, dont le site officiel ("A Common Word") des 138 leaders musulmans, signataires de la lettre ouverte du 13 octobre 2007,
http://www.acommonword.com/en/a-common-word-in-the-news/14-general-news/71--muslim-converts-to-christianity-ask-religious-experts-at-vatican-meeting-for-religious-freedom.html
En outre plusieurs articles de "Notre-Dame de Kabylie" ont été consacrés aux difficultés rencontrées par les évangélistes en Algérie.
Après cette introduction, revenons à votre message dont le contenu est directement lié à une interprétation différente du concept de "Révélation", par les protestants, et par les catholiques. Qu'est-il pour les protestants, nos frères en Christ, (l'orthodoxie n'est pas considérée ici)? Qu'est-il pour les catholiques? La réponse à ces deux questions, et leur commentaire répondra à votre message.
Pour les protestants, nos frères en Christ, la révélation a un aspect "statique" (sans connotation négative dans cet adjctif)) à savoir: la Bible est la seule autorité, ou norme de la foi, selon le célèbre mot de Luther, "Scriptura sola". Toute la Révélation est contenue dans l'Écriture SEULE. Dès lors, ce qui n'est pas dans la Bible ne fait donc pas partie de la foi. Ceci a un lien avec la notion de libre examen. A ce sujet le pasteur Samuel Vincent écrit en 1829: "le fond du protestantisme, c'est l'Evangile; sa forme, c'est la liberté d'examen". Les protestants regardent la seule Ecriture comme règle de foi "non pas tant par le commun accord et le consentement de l'Eglise, que par la persuasion intérieure du Saint-Esprit" (Encyclopédie du protestantisme, Cerf, Labor et Fides, 1995). Cette notion, qui rejette les principes de hiérarchie au sein de l'Église catholique, a conduit à la multiplicité des Eglises, nées d'interprétations différentes de la Bible, liées à la difficulté de discerner l'action de l'Esprit Saint, de celle résultant de l'imperfection de la nature humaine. La fragmentation rapide du protestantisme en de très nombreuses Eglises est causée par l'individualisme et le littéralisme. Au départ Luther et Calvin ont formé deux Églises parce qu'ils avaient deux points de vue différents.
L'Église catholique romaine se définit, notamment dans le Credo, comme «une» (vraie foi unique, en qui subsiste l'unique institution fondée par le Christ pour y rassembler ses disciples), «sainte» (par son lien unique avec Dieu, d'«Épouse du Christ»), «catholique» (c'est-à-dire «universelle»: répandue sur toute la Terre et portant l'intégralité du dépôt de la foi) et «apostolique» (fondée par les apôtres et poursuivant leur mission).
Pour le catholique, la Bible est à recevoir et à comprendre dans le cadre de l'Église et de sa grande Tradition guidée par l'Esprit Saint. Ainsi donc, la Révélation ne se réduit pas à la Bible. La conception catholique de la révélation est essentiellement différente de celle du protestantisme, elle est "dynamique. Le philosophe exégète Claude Tresmontant, membre correspondant de l'Institut, spécialiste du prophétisme hébreux, et qui a enseigné la philosophie des sciences à la Sorbonne, en a fait le sujet central de bien de ses livres. Il expose cette conception dans le langage de la théorie de l'information, et en utilisant l'image de l'embryogenèse. A ce sujet lire le paragraphe 3 de
http://www.notredamedekabylie.net/Dialogueislamochrétien/Réponseschrétiennesauxobjectionsmusulmanes/tabid/81/articleType/ArticleView/articleId/358/Reponse-globale-aux-nombreux-courriels-recus-refutant-les-bases-de-la-revelation-chretienne.aspx
La révélation est définie comme la communication d'une information divine créatrice sur la pâte humaine travaillée, transformée progressivement par Dieu le créateur qui transmet son Esprit Saint, en vue d'aboutir à l'Homme Nouveau. Les dogmes sont des éléments de cette communication progressive. Leur développement est de type embryonnaire. Pour comprendre la révélation catholique, il faut s'orienter vers l'avenir, le terme de la révélation, et non vers son commencement.
On est bien dans une situation équivalente à celle de l'embryogenèse ou de l'ontogenèse, c'est-à-dire le développement de l'être vivant à partir de l'oeuf fécondé. Comme en biologie, l'information (code génétique) n'augmente pas au cours du développement. L'information initiale inscrite dans les molécules géantes qui se trouvent dans le noyau de l'oeuf fécondé, commande à la construction de l'organisme vivant, selon un programme fixe. Mais il n'y a pas plus d'information au terme du développement qu'au commencement. Le développement dogmatique, en théologie, est de ce type. Il n'y a pas plus d'information au terme actuel du développement dogmatique qu'au temps de saint Paul, ou de l'auteur quatrième évangile. Mais l'Église progressivement approfondit son sens, car elle comprend d'une manière plus explicite ce qui était contenu dans la pensée de l'Église lorsqu'elle était toute petite, lorsqu'elle a été conçue, à partir du message du Nouveau Testament qui concerne la révélation et l'incarnation. Le développement dogmatique est ainsi parfaitement comparable au développement embryo-génétique.
C'est cette conception de la révélation qui a fait, et qui fait, que l'Eglise catholique est Une. Après avoir noté ce qui unit et ce qui différentie protestants et catholiques, le site
http://ate.homily-service.net/casterman/rep_protestants_catholic.htm
pose une question importante : "Comment se fait-il que tant de chrétiens, qui se réclament tous de la Bible et de l'Esprit Saint, soient encore divisés? Une des raisons n'est-elle pas la manière de lire la Bible et de l'interpréter? Tant de disparité et de divisions dans le peuple de Dieu ne nous poussent-elles pas à souhaiter une référence sure et ferme dans la compréhension de la foi et le gouvernement de l'Eglise?". Il ajoute: "N'est-ce pas ici que l'on peut comprendre au mieux l'importance de la grande Tradition chrétienne et du siège de Pierre comme facteur d'harmonie et d'unité?"
Je pense que les éléments, développés ci-dessus, ont répondu à votre message:
Dans Jean 17; 20-26 Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, adresse au Père cette prière:
"Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, par leur prédication, croiront en moi, pour que tous ils soient un, comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous, pour que, eux aussi, ils soient un en nous, afin que le monde croie que vous m'avez envoyé. Et je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée, afin qu'ils soient un, comme nous sommes un, moi en eux, et vous en moi, afin qu'ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que vous m'avez envoyé, et que vous les avez aimés comme vous m'avez aimé. Père, ceux que vous m'avez donnés, je veux que là où je suis, ils y soient avec moi, afin qu'ils voient la gloire que vous m'avez donnée, parce que vous m'avez aimé avant la création du monde. Père juste, le monde ne vous a pas connu, mais moi, je vous ai connu, et ceux-ci ont connu que c'est vous qui m'avez envoyé. Et je leur ai fait connaître votre nom, et je le leur ferai connaître, afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux, et que je sois moi aussi en eux."
La tunique du Christ que les soldats n'ont pas déchirée est un signe de cette unité de l'Eglise voulue par Jésus grâce à l'union d'amour. Les divisions entre chrétiens restent donc un mystère douloureux pour tous ceux qui veulent permettre à la tunique déchirée de l'Eglise de se recoudre.
Prions ensemble, protestants, orthodoxes et catholiques, pour que cette unité, détruite par le Prince de ce Monde, se reconstitue rapidement dans notre foi commune en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai Homme.
Fraternellement en union de prières.