Je réponds à "Je suis désolé de vous décevoir, mais dans ce cas précis, il ne s'agissait nullement de syncrétisme..."
Cette rencontre interreligieuse été largement présentée comme un pèlerinage islamo-chrétien sur de nombreux sites dont celui du Diocèse d'Evry-Corbeil-Essonnes, et:
http://www.gric.asso.fr/spip.php?breve111
http://209.85.229.132/search?q=cache:mGchJLgLTM0J:catholique-evry.cef.fr/IMG/pdf/Infos_SDRI91_Avril_09.pdf+gaic+chartres+pélerinage&cd=3&hl=fr&ct=clnk&gl=fr
http://209.85.229.132/search?q=cache:j_chkwGMYvMJ:www.le-sri.com/Lettre98.pdf+gaic+chartres+pélerinage&cd=9&hl=fr&ct=clnk&gl=fr
http://lesamisdelapaix.blogspot.com/
Le site du Service des Relations avec l'Islam (http://www.le-sri.com/Lettre.htm) l'annonçait ainsi: "Pèlerinage islamo-chrétien à Chartres sur les pas de Marie, avec marche, visite guidée sur les lieux et leur symbolique et itinéraires spirituels d'une chrétienne et d'une musulmane."
Un pèlerinage est un acte de culte, qui implique de prier ensemble, et qui est lié à une dogmatique bien définie. Or deux dogmatiques incompatibles, avec des modèles aussi différents que Jésus, et Mahomet Prophète guerrier (cf. le paragraphe 2 de
http://www.notredamedekabylie.net/Autresrubriques/ExpressionAwal/tabid/63/articleType/ArticleView/articleId/476/PageID/488/La-Bible-atelle-annonce-la-venue-de-Mohammed-analyse-dun-livre-souvent-cite-sur-les-sites-islamiques.aspx )
ne peuvent pas coexister. Je ne vois donc pas en quoi ce pèlerinage à Chartres ne serait pas une démarche syncrétique. Il me semble de même nature que ce que dit le document "Chrétiens et Musulmans : Prier ensemble ?"
http://www.cec-kek.org/Francais/PrayingtogetherF.pdf,
destiné aux rencontres interreligieuses (cf. dans mon post en réponse à Alvaro), où il est recommandé de réciter la sourate Al-Fâtiha, qui rejette chrétiens ("les égarés") et juifs au verset 7. La note 1 du livre "Le Coran" traduit par Régis Blachère (islamologue très connu pour avoir produit la meilleure traduction du Coran) est très claire à ce sujet: "Une Tradition que l'on fait remonter jusqu'au Prophète dit que les "les égarés" désigne les chrétiens, et que ceux qui sont l'objet du courroux sont les juifs".
Ceci peut-être vérifié, car la traduction de Blachère peut-être lue sur
http://books.google.fr/books?id=94yjgQK_QJEC&dq=blachère+coran&printsec=frontcover&source=bl&ots=YenEXHtawl&sig=F--t_hAJyGCT09mEfdZjmY3vqS8&hl=fr&ei=eiXOSZPSCOG6jAfCjtTRCQ&sa=X&oi=book_result&resnum=4&ct=result#PPA29,M1
La sourate 1 est donnée page 29 avec la note relative au verset 7. Ici "Tradition" (avec T majuscule comme indiqué par Blachère) concerne ce qui est appelé "Tradition prophétique: hadiths", textes canoniques reconnu comme textes fondateurs avec le Coran, la Sira (biographie de Mahomet), écrite 100 ans après, constituant les troisièmes textes canoniques. En outre à propos de la prière du Musulman dans une église (si elle a eu lieu?), je vous suggère de consulter http://www.islamophile.org/spip/La-priere-du-Musulman-dans-une.html
Dans les paragraphes 3 à 5 de la lettre encyclique "Mortalium Animos", Pie XI condamnait déjà les prières oecuméniques. A ma connaissance les textes de Vatican II n'ont rien changé à ceci. Ainsi à Assise (24/01/2002), tout syncrétisme a été soigneusement évité: il s'agissait d'être ensemble pour prier, non de prier ensemble, comme l'a-t-on dit et redit au Vatican. Rien n'avait été laissé au hasard pour que chacun dispose séparément d'un lieu où prier dans son rite. Mais c'est ensemble que les représentants des religions ont appelé les hommes à l'unité et à la paix, et condamné le terrorisme. Ceci signifie que si les rencontres interreligieuses sont très utiles pour se mettre d'accord sur certains thèmes et oeuvrer au bien commun, il faut cependant rejeter la "prière ensemble", impliquée par la présentation de cette journée en tant que pèlerinage. Il y a là une source de confusion et de relativisme.
Je réponds maintenant à "Quant aux musulmans présents, les accuser de taqqiya est une grande erreur. Certes, ils ne sont pas représentatifs, mais de quel droit remettre ainsi en cause leur honnêteté ?Fidèles à la parole du Christ, ne nous posons donc pas ainsi en juge des intentions de notre prochain..."
Par "musulmans" on entend naturellement ceux qui pratiquent leur religion, ce qui suppose une bonne connaissance de ses bases. Dire qu'ils peuvent pratiquer la taqqiya (dissimulation légale) en dar al-harb ne met pas du tout en cause leur honnêteté, car une telle pratique n'est pas exclue dans l'islam où le devoir de tout croyant en situation minoritaire est d'œuvrer à inverser cet état, tout musulman devant être un acteur de la dawa. Je ne me pose donc pas en "juge des intentions du prochain". Ce procès d'intention vous auriez pu me le faire valablement si j'avais laissé supposer que les participants musulmans méconnaissent leur religion, ou sont de mauvais pratiquants. A propos des "intentions", de façon plus générale il faut noter que les chrétiens ne sont pas épargnés par les musulmans qui, sur la base du Coran parole de Dieu dans sa matérialité, voient dans les chrétiens des "pervers" (fasiqoun), "injustes" (zalimoun), "imposteurs" (moukazziboun), "égarés" (daloun) "associateurs" (mouchrikoun) leur péché étant irrémissible (shirk), "corrupteurs" (moufsidoum), "hypocrites" (mounafiqoun), "insensés" (soufahaa) parmi les 24 qualificatifs peu sympathiques répertoriés pages 68-69 de "Vivre avec l'islam" (Editions Saint-Paul 1997). De même le verset 6 de la sourate 98 n'est pas tendre avec les associateurs (les chrétiens): "Les infidèles parmi les gens du Livre, ainsi que les Associateurs iront au feu de l'Enfer, pour y demeurer éternellement. De toute la création, ce sont eux les pires". Seuls sont "croyants" ceux qui adhérent à la vérité du Coran, les autres sont les "infidèles". En supposant que j'ai voulu mettre en cause l'honnêteté des participants musulmans, ce qui n'est pas le cas, au niveau des "intentions" attribuées aux chrétiens dans le Coran, livre qu'un musulman ne peut contester, je vous laisse juge du déséquilibre. Ceci avec en plus l'effet amplificateur de l'organisation des versets dans la perception globale du texte, décrite dans "L'action psychologique dans le Coran" de Dominique et Marie-Thérèse URVOY (Editeur Cerf, 2007).
En outre quand je dis "rien ne sera cédé de leur part", ceci ne peut être interprété comme un procès d'intentions. Un exemple: celui des prières pour les victimes du vol AF 447. A Notre-Dame de Paris, lors de la cérémonie œcuménique, Mohammed Moussaoui, président du CFCM, a pu chanter la première sourate du Coran Al-Fatihâ (source La Croix), Mgr Vingt Trois ayant lu un passage du "Petit Prince" de Saint-Exupéry. Le même jour une prière rituelle musulmane, celle de l'Absent a été dite à la Grande Mosquée de Paris, sans participation des autres religions. Cela est cohérent et respectable dans le sens où une religion ne se commet pas avec d'autres croyances dans des réunions de rites syncrétiques. M. le Recteur de la grande Mosquée applique dignement les préceptes de sa religion.