De Lyli Myr (Canada)
Jugée pour « délit de chrétienté », Habiba Kouider a 37 ans. Elle est chrétienne et éducatrice dans une crèche. Elle a été arrêtée par les gendarmes le 29 mars 2008 et jugée par le tribunal correctionnel de Tiaret qui l’a traitée comme une criminelle.
En mars dernier alors qu’elle se rendait en bus d’Oran, où elle fréquente l‘école biblique, à Tiaret, son lieu de résidence, Habiba Kouider est interceptée par les gendarmes. Dans son sac : des Bibles et des Évangiles. Ils l’arrêtent et la transfèrent à la police qui la place en garde à vue. Confortés par la découverte des dangereuses pièces à conviction : des Bibles et des Evangiles, les policiers se relaient pour la soumettre à un interrogatoire serré et humiliant.
Le lendemain, c’est le procureur qui s’acharne sur la « mécréante » :
« Tu réintègres l’islam et je classe le dossier. Si tu persistes dans le péché, tu subiras les foudres de la justice ! »
Habiba est une femme réservée, discrète, presque timide. Mais elle refuse de renier sa foi. Malgré toutes les pressions et les intimidations dont elle fait l’objet, elle résiste. Elle tient bon.
Mardi 20 mai dernier, elle comparaît devant le tribunal correctionnel pour « détention de livres religieux », un délit passible de prison depuis l’adoption en février 2006 de la loi qui réglemente « les cultes non musulmans ». Au magistrat qui la presse de questions ironiques, elle répond courageusement et dignement.
— « Quelle est ta religion ? »
— « Je suis chrétienne. Je me suis convertie en 2004 à l‘église d’Oran. »
Avec tout son mépris, le juge lui lance :
« Les curés t’ont fait boire leur eau bénite qui mène au paradis. »
Habiba ne lui répond pas.
Contrarié par la présence des journalistes dans la salle, le juge les interpelle : « Avez-vous une autorisation pour prendre des notes ? »
L’avocat d’Habiba, Me Khelloudja Kahlfoun, proteste : « L’audience est publique, les journalistes ont le droit d‘être là. »
Manifestement, le magistrat n’est pas très content de la mauvaise publicité qui va être faite sur les tribunaux algériens. La plupart des avocats de Tiaret n’ont pas voulu « défendre la chrétienne ». Les dignitaires de l’Eglise protestante ont alors fait appel à une avocate du barreau de Tizi-Ouzou.
Le juge perd son sang-froid, s‘énerve et finit par menacer de « confisquer les carnets des journalistes ».
Le procureur, mal à l’aise en présence de la presse, rappelle que « l’islam est religion d’Etat ». Et réclame « trois ans de prison ferme »…
Me Khalfoun plaide « la liberté de conscience garantie par la Constitution » et demande la relaxe d’Habiba Kouider.
Depuis janvier 2008, les procès pour « délit de chrétienté » sont de plus en plus nombreux dans l’Ouest algérien. La persécution des chrétiens à cause de leur religion, de leur foi, de leur Dieu s’est accentuée. Les nouveaux convertis doivent vivre leur foi dans la clandestinité.
Le verdict du procès d’Habiba Kouider sera rendu le mercredi 27 mai. Ce jour-là, devant le même tribunal, six autres chrétiens comparaîtront pour « distributions de tracts visant à ébranler la foi des musulmans ».
CAROLINE PARMENTIER Article extrait du n° 6594 du journal PRÉSENT
du Vendredi 23 mai 2008