Que la Paix de Jésus-Christ soit avec vous, cher Ahamadi, la Paix de son Amour.
Dans un but de clarté du dialogue, je choisis de répondre à une seule question par message, quand la réponse exige une longue réponse (c'est le cas ici). Rassurez-vous très vite je répondrai à vos autres questions. Ce choix est dicté par la bonne marche de notre dialogue.
Ceci dit je remarque qu'alors de mon côté j'ai répondu systématiquement, vous avez omis de le faire du votre. Exemples:
- Est-ce que ma réponse sur la notion de rédemption (celle de la théologie chrétienne) vous paraît cohérente? Ceci, bien entendu, sans impliquer votre adhésion à ce que le Coran rejette, i.e. en se basant uniquement sur la raison à partir de ce que vous pouvez admettre comme une "hypothèse" chrétienne (à savoir la divinité de Jésus), ceci donc sans renier votre foi ainsi que l'a fait le professeur Ahmed Abd El Mo'ty Hegazy.
- Quand vous dîtes "Je n'ai pas insinué que les chrétiens sont des associateurs", voulez-vous dire que vous adhérez à l'opinion minoritaire chez les musulmans, telle celle du professeur Ahmed Abd El Mo'ty Hegazy, dans son article du journal El Ahram du 19 juin 2002 (cf. les détails dans ma réponse à votre premier post)?
- Pensez-vous que Al Halim, Al Wadoud, Al Raouf concerne le concept "Amour" au sens chrétien (cf. les détails dans ma réponse à votre deuxième post)?
Réponse à la question "Le Coran n'incite jamais à tuer ou maltraiter un non musulman, il y a un verset clair là dessus qui dit sourate 2 verset 256 "Nulle contrainte en religion! … ". Il n'est abrogé par aucun verset comme beaucoup le prétendent. La question d'abrogation est un long sujet et je vous dis tout simplement que les versets parlant du combat ont un contexte et aucun verset du Coran n'est abrogé" de votre message du 13/05/2010.
En tant que réponse je vais me contenter de citer des articles d'universitaires islamologues, dont la compétence est reconnue internationalement.
- 1 Ce que dit (p. 28-29) le livre Les mots de l’Islam (Presse universitaire du Mirail, Université du Mirail, 2004) auteurs Dominique et Marie-Thérèse Urvoy:
"La formule coranique « pas de contrainte en religion » (II.257), qui est souvent évoquée pour faire de l’islam une religion tolérante par essence, n’a été en fait isolée que tardivement, pour en faire un axiome de la discipline juridique des « buts de la Loi », qui ne date que du XIVe siècle et qui reste très peu répandue. En fait le reste du verset (« celui qui est infidèle aux idoles et croit en Dieu s’est saisi de l’anse la plus solide et sans fêlure ») montre que cette formule est à sens unique : il faut laisser la liberté à un non musulman d’embrasser l’islam, mais rien n’est dit de la démarche inverse où un Musulman choisirait de renoncer à sa religion. Plusieurs hadîth parleront bien de ce dernier point mais leur fiabilité n’a pas dû être reconnue comme absolue puisque le fiqh a traité toute apostasie, même individuelle, non comme un délit religieux mais comme une offense à l’état, réclamant la peine de mort.
Depuis Muhammad ‘Abduh, au début du XXe siècle, certains réformistes ont demandé la suppression de cette règle qui reste cependant en vigueur, non seulement de façon officielle dans les pays de régime dit « islamique », mais aussi de façon officieuse dans les pays où l’islam est religion d’Etat par les pressions administratives et policières (ce qui fait que beaucoup de convertis le sont clandestinement) et par celles qui émanent du mileu familial et social, les deux se combinant le plus souvent. Parmi les Musulmans émigrés en Occident, ces sont ces dernières qui sont mises en oeuvre."
-2. L'article "Apostasie"(radda, murtadd) du "Dictionnaire du Coran" (Robert Laffont, Collection Bouquins, septembre 2007) par Marie-Thérèse Urvoy et Eric Chaumont.
Le "Dictionnaire du Coran" est publié sous la direction de Mohammad Ali Amir MOEZZI, directeur adjoint du Centre d’Etudes des Religions du Livre («Théologie, philosophie et exégèse en Islam ») et directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Etudes (section des sciences religieuses).
Marie-Thérèse Urvoy est professeure d'islamologie, d'histoire médiévale arabe, d'arabe classique, de philosophie arabe, à l'Institut Catholique de Toulouse, professeure associée à l'Ecole Doctorale des Universités de Lyon III et Bordeaux III, ainsi que membre du "Scientific Board" de la revue Islamochristiana.
Eric Chaumont (spécialité : islamologie, philosophie du droit musulman) est chargé de recherche au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), et à l'IREMAM (Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman).
- 2a Présentation de l'article
Le Coran ne prononce pas la peine de mort pour les apostats, mais elle est énoncée explicitement dans des hadiths (paroles de Muhammad). C'est le cas de l'un des six livres majeurs sunnites al-Jaami al-Sahih le recueil authentique, Sahih = authentique) réunis par l'Iman Muhammad ibn Ismail al-Bukhari (810-870), et plus communément appelé Sahih al-Bukhari. Avec le sahih de Muslim, ce recueil fait partie en outre des deux des six considérés comme "excellents". Il s'agit de:
"J’ai entendu le prophète dire, “à la fin des temps, apparaîtront de jeunes gens aux idées folles. Ils parleront bien, mais ils sortiront de l’islam comme une flèche sort de son jeu, leur foi ne dépassera pas leur gorge. Ainsi, partout où vous les trouvez, tuez les, il y’aura une récompense pour ceux qui les tueront au jour de la résurrection. " Sahih al-Bukhari Volume 6, livre 61, Numéro 577.
"Celui qui abandonne sa religion islamique, tuez-le." (Sahih al-Bukhari Volume 4, Livre 52, Numéro 260).
Les constitutions des pays musulmans ayant adopté la charia ont ainsi introduit des articles basés sur ces hadiths. Par exemple c'est le cas de l'article 306 de la Constitution de Mauritanie dit: "Chaque Musulman coupable du crime d'apostasie, soit par mot ou par action, sera invité à se repentir sur une période de trois jours. S'il ne se repent pas dans cette limite du temps, il sera condamné à mort comme un apostat et sa propriété sera confisquée par la Trésorerie."
L’apostasie est non seulement très sévèrement réprimée, elle est aussi très largement définie dans le droit musulman. C'est la matière de l'article du "Dictionnaire du Coran"
Les deux premières parties, qui ne sont pas ici dupliquées, sont essentiellement une analyse historique des débuts de l'islam liés au thème de l'apostasie. Seul le troisième volet, plus actuel, est reproduit ci-dessous avec l'aimable autorisation des auteurs. Il y a peu de temps ils pouvaient être directement consultés sur le site "Studia-Arabica" http://www.studia-arabica.net/. Malheureusement ce site, consacré à des articles de niveau universitaire, vient d'être détruit par une action malveillante. Les travaux universitaires ne sont pas acceptés par certains extrémistes.
2b. La troisième partie de l'article "Apostasie" du "Dictionnaire du Coran"
"Dans ce système, la liberté religieuse, plutôt que la liberté de conscience, n’est pas reconnue aux musulmans, et l’apostasie s’y trouve punie de mort (si l’apostat est pubère, doué de ses facultés rationnelles et libre de ses choix). Deux hadiths sont habituellement invoqués pour justifier que l’apostat ou l’apostate – certains légistes hanbalites établissent une distinction entre l’un et l’autre – doit être mis(e) à mort. Le premier est : « Qui change de religion, tuez-le [man baddala dînahu faqtulûhu] » - on a bien entendu compris « le musulman ou la musulman(e) qui change de religion » - et le second rend licite le sang d’un homme musulman abjurant sa religion (rajul kafara ba’da islâmihi). Sur ce principe, il y a un tel consensus (ijmâ’) parmi les oulémas qu’il permet de se passer de référence coranique. L’apostasie étant un crime vis-à-vis de Dieu plus que vis-à-vis de la communauté, le repentir (tawba) de l’apostat a pour effet d’annuler son châtiment. Cependant, à la question : « Est-il obligatoire d’appeler l’apostat à se repentir ? », les réponses sont partagées.
La sévérité du droit musulman à l’endroit de l’apostasie emprunte sans doute plus encore à l’histoire – telle que la rapporte la Tradition – du premier âge de l’islam qu’au Coran et au Hadith (même si l’argument par l’histoire, lorsque celle-ci n’est pas enregistrée dans le Hadith, n’apparaît que très rarement dans les écrits des légistes). Les « guerres d’apostasie [hurûb al-ridda] », la première « crise » (fitna) de l’islam, ont été durement réprimées, et, dans l’imaginaire musulman entretenu par l’historiographie, cette répression était nécessaire pour assurer la simple survie de la communauté naissante. L’« apostasie » de ces tribus était partielle : elle n’affectait pas la reconnaissance formelle de l’islam mais le volet légal qui lui était associé. Depuis, la question de savoir si, à côté de la foi, les actes font ou ne font pas partie intégrante de la définition de la qualité de musulman n’a cessé d’occuper les théologiens.
Dans les textes normatifs musulmans aussi l’islam est indivisible, et il n’y a pas que celui ou celle qui renie l’islam en son intégralité qui est susceptible d’être qualifié(e) d’apostat(e) ; qui nierait tel ou tel aspect de l’islam réputé essentiel à sa définition court aussi le risque d’être accusé d’apostasie. Affirmer, par exemple, que le Coran ne s’adresse qu’aux Arabes du temps de sa révélation et, éventuellement, à la communauté qui s’est constituée autour de lui, qu’il n’a pas vocation universelle en somme, est un acte d’apostasie. Nier le caractère obligatoire des cinq prières quotidiennes – plus que ne pas les effectuer – ou des aumônes sharaïques en est un autre. Il est arrivé que la pratique de sorcellerie (al-sihr) soit considérée comme un reniement de l’islam. L’apostasie est non seulement très sévèrement réprimée, elle est aussi très largement définie.
De nos jours, dans certains pays musulmans, des chrétiens se convertissent sans conviction pour se marier avec des musulmanes ou pour accéder à des fonctions réservées aux musulmans. S’ils ne pratiquent pas, ils risquent d’être accusés d’apostasie. Aussi demandent-ils l’application du seul Coran, qui ne prononce pas la peine de mort. Au début du XXe siècle, Muhammad ‘Abduh, grand mufti d’Egypte, avait déclaré que la mise à mort de l’apostat s’expliquait au début de l’islam, où l’on craignait la désertion et l’abandon, mais que, son triomphe étant acquis, cette peine n’avait plus aucune justification. Certains « réformateurs » actuels reprennent à leur compte ces réflexions et passent, un siècle plus tard, pour très courageux. Dans la première rédaction de la charte des musulmans de France, la « liberté de changer de religion » était affirmée. Certains groupes de pression ont obtenu qu’elle ne figure plus dans la rédaction finale de 2000".
- 3 Quelques exemples
Le soudanais Mahmoud Mohamed Taha, de formation soufie, voyait la source du Coran limitée uniquement à celle de la période mecquoise. Ainsi il a essayé en 1967 de proposer l'abandon de pans entiers du Coran. Inversant la règle de la "doctrine de l'abrogation", il considérait "abrogée" toute la partie du Coran révélée à Médine, dans la mesure où elle apporte des règlements particuliers outrepassant le message général de la période mecquoise. Taha ramenait la question religieuse au niveau de la seule foi, et montrait les risques résultant d'un attachement aux prescriptions. Considéré comme apostat envers la parole de Dieu, il a été exécuté. Dans le même sens et dans la première moitié du 20éme siècle Ali Abd al-Raziq défendait l'idée que l'islam doit être un message uniquement spirituel et moral. Il mettait en cause la notion d'état musulman par une analyse radicale, véritable appel à la laïcité, ce qui l'a conduit à finir sa vie au ban de la société. Le professeur d'études islamiques Nasr Hamid Abu Zayd', l'un des théologiens libéraux les plus connus, cherchait à interpréter le Coran par une herméneutique humaniste. Une polémique sur ses écrits mena à l'annulation de son mariage pour apostasie. Après la décision de la Cour Egyptienne, et sous la menace de mort de groupes fondamentalistes, il s'enfuit en Hollande, où il réside depuis.
Parmi de nombreux autres voir aussi le témoignage de Mohammed Moussaoui, jeune Irakien, devenu chrétien. Obligé de se cacher pour vivre sa foi, sa famille finit par découvrir son secret. Une fatwa est lancée contre lui. Emprisonné, battu, banni par les siens, Mohammed quitte l’Irak pour la Jordanie. Retrouvé à Amman par ses frères et son oncle, il échappe par miracle à la mort. Leurs balles, tirées à bout portant, le blessent mais ne le tuent pas.
http://notredamedekabylie.net/Bibliographie/Alireàdécouvrir/tabid/95/articleType/ArticleView/articleId/573/Le-prix-a-payer-par-Joseph-Fadelle.aspx
- 4 Conclusion
Je la formule amicalement sous forme de deux questions: maintenez-vous que l'islam n'exerce aucune contrainte en religion?
Sinon, pour la rigueur de votre argumentation, vous devez montrer que ce qui est dit ci-dessus est basé sur de fausses assertions, en particulier celles du Dictionnaire du Coran publié sous la direction de Mohammad Ali Amir MOEZZI.
"Nulle contrainte en religion! … "??
Dans des pays tels que l’Arabie, l’Egypte, l’Indonésie, le Pakistan, l’Afghanistan, l’Algérie, le Maroc, le Soudan, le Nigéria, l’Iran, les non-musulmans n’ont pas les mêmes droits politiques, civiques, sociaux que les musulmans.
Un non-musulman ne peut épouser une musulmane sans devoir se convertir à l’islam alors qu’un musulman peut librement épouser une non-musulmane dont les enfants seront obligatoirement musulmans.
En Arabie Saoudite, tout office religieux autre que musulman, et même port d'une médaille religieuse risque d'entraîner la prison, ou la mort si l’on vient de l’islam, alors que des centaines de milliers d’immigrés chrétiens qui y travaillent ?
Voir aussi les persécutions des chrétiens en terre d'islam
http://notredamedekabylie.net/Persécutions/tabid/92/articleType/ArticleView/articleId/554/Martyrs-abandonnes-Le-silence-des-institutions-catholiques-sur-les-persecutions-des-chretiens.aspx