Refaire les religions? Refaire le christianisme?
Dans ces programmes, le Président Obama pourra compter sur l’appui du couple Tony Blair et Cherie Booth. Le think-tank (équipe de spécialistes) fondé par l’ex-premier ministre britannique sous le nom de Tony Blair Faith Foundation (fondation de la foi de Tony Blair) aura, parmi ses attributions, de reconstruire les grandes religions comme son collègue Barack Obama reconstruira la société mondiale. Dans ce but, la fondation en question devra répandre les "nouveaux droits", en utilisant à cette fin les religions du monde et en adaptant celles-ci à leurs nouvelles tâches. Ces religions devront être réduites au même commun dénominateur, c’est-à-dire vidées de leur identité. Cela ne pourra se faire que moyennant l’instauration d’un droit international inspiré de Hans Kelsen (1881-1973) et appelé à valider tous les droits propres aux nations souveraines. Ce droit devra aussi s’imposer aux religions du monde de telle façon que la "foi" nouvelle soit le principe unificateur de la société mondiale. Cette "foi" nouvelle, ce principe unificateur, devra permettre de faire avancer les Millenium Development Goals. (objectifs du millénaire pour le développement). Parmi ceux-ci figurent sous le n° 3: "Promote gender equality and empower women" (promouvoir l'égalité des sexes, et l'accès au pouvoir des femmes); sous le n° 5: "Improve maternal health" (améliorer la santé maternelle). Nous savons ce que recouvrent et ce qu’impliquent ces expressions. Pour faire démarrer le programme de la Fondation, une campagne anti-malaria est annoncée. Elle fait partie de l’objectif n° 6: "Combat HIV/AIDS, malaria and other diseases" (lutte contre le sida et autres maladies). Cette annonce est faite de façon à ce que, en souscrivant à cette campagne, on souscrive à l’ensemble des objectifs du Millénaire.
En fait, le projet de Tony Blair prolonge et amplifie l'Initiative des Religions Unies, apparue il y a plusieurs années. Il prolonge également la Déclaration pour une éthique planétaire, dont Hans Küng est l’un des principaux inspirateurs. Ce plan ne pourra se réaliser qu'au prix du sacrifice de la liberté religieuse, de l'imposition d'une lecture "politiquement correcte" des Écritures et du sabotage des fondements naturels du droit. Déjà Machiavel recommandait l'utilisation de la religion à des fins politiques…
La "conversion" très médiatisée de l’ancien premier ministre au catholicisme ainsi que son interview en avril 2009 à la revue gay "Attitude" permettent d’encore mieux comprendre les intentions de Tony Blair concernant les religions, à commencer par la religion catholique. Le discours du Saint-Père, notamment sur le préservatif, serait d’une autre génération. Le récent "converti" n’hésite pas à expliquer au pape non seulement ce que celui-ci doit dire, mais aussi ce qu’il doit croire ! Est-il catholique? Mr Blair ne croit pas à l’autorité du pape.
Nous voici revenus au temps de Hobbes [1], sinon à Cromwell: c’est le pouvoir civil qui définit ce qu’il faut croire. La religion est vidée de son contenu propre, de sa doctrine; n’en reste qu’un résidu de morale, défini par le "Léviathan" (livre de Hobbes). On ne dit pas qu’il faille nier Dieu, mais dorénavant Dieu n’a plus rien à faire dans l’histoire des hommes et de leurs droits: nous revenons au déisme. Dieu est remplacé par le Léviathan [2]. A celui-ci de définir, s’il le veut, une religion civile. A lui d’interpréter, s’il le veut et comme il le veut, les textes religieux. La question de la vérité de la religion n’a plus de pertinence. Les textes religieux, et en particulier bibliques, doivent être compris dans leur sens purement "métaphorique"; c’est ce que recommande Hobbes (III, XXXVI). A la limite, seul le Léviathan peut interpréter les Écritures. Il faut en outre réformer les institutions religieuses pour les adapter au changement. Il faut même prendre en otages quelques personnalités religieuses, appelées à cautionner la nouvelle "foi" sécularisée, celle du "civil partnership".
Les droits de l’homme tels qu’ils sont conçus dans la tradition réaliste sont passés ici au fil de rasoir. Tout est relatif. Il ne reste de droits que ceux définis par le Léviathan. Comme l’écrit Hobbes, "La loi de nature et la loi civile se contiennent l’une l’autre, et sont d’égale étendue." (I, XXVI, 4). Il ne reste de vérité que celle énoncée par le même Léviathan. Seul celui-ci décide comment le changement doit être conduit.
Le retour de l’aigle à deux têtes
Le projet Blair ne peut se réaliser sans remettre en question la distinction et les rapports entre l'Église et l'État. Ce projet risque de nous faire régresser à une époque où le pouvoir politique s'attribuait la mission de promouvoir une confession religieuse ou d’en changer. Dans le cas de la Tony Blair Faith Foundation, il s'agirait même de promouvoir une et une seule confession religieuse, qu'un pouvoir politique universel, global, imposerait à l'ensemble du monde. Rappelons que le projet Blair, imprégné de New Age, a été préparé idéologiquement par l'Initiative pour les Religions Unies ainsi que par la Déclaration pour une éthique planétaire (déjà citées) et est appuyé par de nombreuses fondations similaires.
Ce projet rappelle évidemment l'histoire de l'anglicanisme et de sa fondation par le "défenseur de la foi", Henri VIII. Le projet des religions unies et réduites à un commun dénominateur est toutefois plus discutable encore que ne l'était le projet d'Henri VIII. En effet, la réalisation de ce projet postule la mise sur pied d'un gouvernement mondial et d’une police globale des idées. Ainsi qu'on l'a vu à propos de Barack Obama, les artisans de la gouvernance mondiale s'appliquent à imposer un système de positivisme juridique faisant procéder le droit de la volonté suprême, de laquelle dépend la validation des droits particuliers. Désormais, si toutefois devait se réaliser le projet de M. Blair, les agents de la gouvernance mondiale imposeront, par un nouvel Acte de Suprématie, une religion unique, validée par les interprètes de la volonté suprême, dont le Vicaire général est peut-être déjà trouvé (Hobbes, III, XXXVI).
Ce que révèle l'analyse des décisions de Barack Obama et du projet de Tony Blair, c'est que se profile une Alliance de deux volontés convergentes, visant, l'une, à subjuguer le droit, l'autre, à subjuguer la religion. Telle est la nouvelle version de l’aigle à deux têtes. Droit et religion sont instrumentalisés pour "légitimer" n'importe quoi.
Cette double instrumentalisation est mortelle pour la communauté humaine. C'est ce qui ressort de diverses expériences réalisées dans le cadre de l'État-Providence. Celui-ci, à force de vouloir plaire aux individus, a multiplié les "droits" subjectifs de complaisance, par exemple en matière de divorce, de sexualité, de familles, de population, etc. Mais ce faisant, cet État-Providence a créé d'innombrables problèmes qu'il est incapable de résoudre. Avec l'extension de ces "droits" de complaisance à l'échelle mondiale, les problèmes de précarisation/marginalisation vont se multiplier à tel point qu'aucune gouvernance mondiale ne pourra les résoudre.
De même pour la religion. Depuis qu'est acquise la séparation de l'Église et de l'État, il est inadmissible que l'État se serve de la religion pour renforcer son emprise sur les cœurs, les corps et les consciences. Comme le dit Mgr Roland Minnerath, l'État ne peut pas enchaîner la vérité religieuse et doit même en garantir la libre recherche.
Vers un terrorisme politico-juridique
Par ces canaux, et avec l’appui du couple Blair, le juriste-président Obama est en train de lancer un nouveau messianisme nord-américain, totalement sécularisé. Il bénéficie en cela de l'appui de son fidèle partenaire, candidat présumé à la présidence de l'Union Européenne. La volonté suprême du Président des USA validera le droit des nations et le droit des relations entre les nations. Dans la foulée, les "Trente-Neuf Articles" de la nouvelle religion devront être promulgués par son collègue britannique.
A partir du sommet de cette pyramide, la volonté du Prince est destinée à circuler par les canaux internationaux de l’ONU et à atteindre les canaux nationaux particuliers. A terme, ce processus, comme on le remarque, éteint l’autorité des parlements nationaux, abolit l’autorité des exécutifs et ruine l’indépendance du pouvoir judiciaire. C’est pour ces raisons que, dans la logique de M. Obama, le rôle d'un tribunal pénal international est appelé à s’étendre et qu’il doit être armé pour réprimer les récalcitrants – par exemple, les catholiques – qui refusent cette vision du pouvoir et du droit, d'un droit vassalisé par le pouvoir. Comment ne pas voir cette vérité aveuglante: nous assistons à l’émergence d’un terrorisme politico-juridique sans précédent dans l’histoire?
Pour finir, empressons-nous de rappeler que l’Église n’a pas le monopole du respect du droit humain à la vie. Ce respect est proclamé par les plus grandes traditions morales et religieuses de l’humanité, souvent antérieures au christianisme. L’Église reconnaît pleinement la valeur des arguments fournis par la raison en faveur de la vie humaine. Comme Mgr Minnerath l’a admirablement montré, l’Église complète et consolide cette argumentation en se prévalant de l’apport de la théologie: respect de la création; l’homme, image de Dieu; amour du prochain: nouveau commandement; etc. Ces arguments sont fréquemment exposés dans les déclarations de l’Église et les nombreux documents chrétiens sur la question.
Mais quand les plus hautes autorités des nations, et même de la première puissance mondiale, vacillent face au respect du droit humain fondamental, c’est un devoir pour l’Église d’appeler tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté à s’unir afin de constituer un front unique pour défendre la vie de tout être humain. La première attitude qui s’impose à tous, selon les responsabilités de chacun, est l’objection de conscience, que d’ailleurs M. Obama veut circonscrire. Mais cette objection doit être complétée par un engagement à agir dans la sphère politique, dans les médias et dans les universités. La mobilisation doit être générale et se donner pour but l’objectif central de toute morale, et spécialement de toute la morale catholique: reconnaître et aimer le prochain, à commencer par le prochain le plus ténu et le plus vulnérable.
Liens http://tonyblairfaithfoundation.org/projects/faith-and-globalisation/
http://tonyblairfaithfoundation.org/about-us/mission-statement.html
http://ddp-ext.worldbank.org/ext/GMIS/gdmis.do?siteId=2&menuId=LNAV01HOME1
United Religions Initiative: http://www.uri.org/About_URI.html
http://www.uri.org/Charter.html
Notes ne figurant pas dans l'article de "Chiesa"
[1] Thomas Hobbes est l'auteur du Léviathan en 1651, des Éléments de la loi naturelle et politiqueen 1640 et duCitoyen (De Cive) en 1641. Il est l'un des premiers philosophes qui tente de refonder la légitimité du pouvoir des dirigeants sur autre chose que la religion ou la tradition. Son projet est de fonder l'ordre politique sur un pacte entre les individus, afin de faire de l'homme un acteur décisif dans l'édification de son propre monde social et politique. Hobbes développa l'idée selon laquelle, que ce soit le chaos ou la guerre civile, ces situations relèvent de l'« état de nature » et de la célèbre formule bellum omnium contra omnes (« guerre de tous contre tous »), et ne peuvent être évitées que par un solide gouvernement central. Ainsi, il dénia tout droit de rébellion envers le souverain.
[2] Le Léviathan est un monstre marin évoqué dans la Bible, dans les Psaumes (74,14 et 104, 26), en Isaïe, 27, 1 et au Livre de Job (3:8 et 40:25). Ce nom désigne un monstre colossal, dragon, serpent et crocodile, dont la forme n'est pas précisée; il peut être considéré comme l'évocation d'un cataclysme terrifiant capable de modifier la planète, et d'en bousculer l'ordre et la géographie sinon d'anéantir le monde.
Il est à rapprocher de la "Bête aux dix cornes et sept têtes" décrite dans l'Apocalypse (Ap 13, 1-18) que Jean voit "monter de la mer", et où il est dit:
"Et l'on adora la Bête, en disant: " Qui est semblable à la Bête, et qui peut combattre contre elle? " Et il lui fut donné une bouche proférant des paroles arrogantes et blasphématoires, et il lui fût donné pouvoir d'agir pendant quarante-deux mois. Et elle ouvrit sa bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom, son tabernacle et ceux qui habitent dans le ciel. Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre; et il lui fût donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue et toute nation. Et tous les habitants de la terre l'adoreront, ceux dont le nom n'a pas été écrit dans le livre de vie de l'Agneau immolé, dès la fondation du monde. Que celui qui a des oreilles entende! Si quelqu'un mène en captivité, il sera mené en captivité; si quelqu'un tue par l'épée, il faut qu'il soit tué par l'épée, ici la patience et la foi des saints. Puis je vis monter de la terre une autre Bête, qui avait deux cornes semblables à celles d'un agneau, et qui parlait comme un dragon. Elle exerçait toute la puissance de la première Bête en sa présence, et elle amenait la terre et ses habitants à adorer la première Bête, dont la plaie mortelle avait été guérie. Elle opérait aussi de grands prodiges, jusqu'à faire descendre le feu du ciel sur la terre, à la vue des hommes, et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu'il lui était donné d'opérer en présence de la Bête, persuadant les habitants de la terre de dresser une image à la Bête qui porte la blessure de l'épée et qui a repris vie. Et il lui fut donné d'animer l'image de la Bête, de façon à la faire parler et à faire tuer tous ceux qui n'adoreraient pas l'image de la bête. Elle fit qu'à tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, on mit une marque sur la main droite ou sur le front, et que nul ne pût acheter ou vendre, s'il n'avait pas la marque du nom de la Bête ou le nombre de son nom. C'est ici la sagesse! Que celui qui a de l'intelligence compte le nombre de la Bête; car c'est un nombre l'homme et ce nombre est 666".
Dans le livre du Mouvement Sacerdotal Marial, "Aux Prêtres les fils de prédilection de la Vierge"(édition 1998), pages 572-585, la Bête est désignée comme étant la Franc-maçonnerie, dont les sept têtes opposent les sept péchés cardinaux aux sept vertus théologales et cardinales (foi, espérance, charité, prudence, force, justice, tempérance). Les cornes (puissants moyens de communication), au nombre de dix, diffusent partout une loi totalement contraire aux dix commandements de Dieu. La Bête aux "deux cornes semblables à celles d'un agneau" symbolise la Franc-maçonnerie infiltrée au sein de l'Eglise.
La stratégie occulte de la Franc-maçonnerie, d'une grande efficacité, est antichrétienne et relativiste. Le "Grand dessein" qui se dégage de ses textes concerne: la République (puis la Royauté) Universelle, la Religion Universelle. Certaines personnalités catholiques soupçonnent que les attaques médiatiques opérées contre le pape Benoît XVI, et par rebond contre tous les catholiques, entre janvier et mars 2009 sont le fait d'une coordination secrète entre différentes loges maçonniques. Ses attaques, outre avoir pour but de donner une mauvaise image du pape et de l'Église catholique romaine, aurait pour objectif secondaire de diviser les catholiques, voire à en faire apostasier un certain nombre par écœurement
Léviathan est le titre du roman catholique de Julien Green publié en 1929. Le Léviathan représente "le mal" caché au sein de chaque personnage du récit.