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  vendredi 18 mai 2012  
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EXPRESSION/AWAL

Ce site a été conçu dés le départ dans le but de donner la parole aux convertis venus des traditions musulmanes, qui ont forcément un point de vue différent sur la religion qu'ils ont quittée pour adhérer à Jésus Christ et à Sa Bonne Nouvelle (Èvangile signifiant cela). Toutefois les hérétiques qui s'ingénient à concilier la foi islamique et la foi chrétienne nous évitent, et nous sont même hostiles parce que nous déclarons qu'il faut abjurer l'islam pour être chrétien.

Jésus est venu pour NOUS SAUVER, nous libérer. Mais de quoi? Des ténèbres et du péché, pour faire de nous ses frères et des enfants de Dieu. Assurément la doctrine islamique s'est constituée dés le début contre la Rédemption et ne veut pas entendre parler du Dieu d'Amour. Alors disons-le à tous, car c'est là notre foi : le Christ revient dans la gloire pour juger les vivants et les morts, y compris Mahomet.

Celui qui a entendu prêcher l'Evangile et ne confesse pas que Jésus est Seigneur et Fils de Dieu n'est pas son disciple et goûtera à la colère de Dieu: c'est l'Ecriture qui le dit pas le fondateur de ce site. Quant à ceux, prêtres ou simples baptisés, qui renient le Christ devant les hommes, nous savons ce que Jésus en dit: Lc 12, 8-9

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samedi 26 février 2005
a) Tertullien, Saint Cyprien et Saint-Augustin, l’Imposante Trilogie de la Pensée Chrétienne Berbère
Publié par Muhend-Christophe Bibb le samedi 26 février 2005 / 09:19 :: 1653 Vues ::Article Rating:: La période chrétienne: I-IX siècles de notre ère

1. A quand l’épilogue de l’amnésie collective ?
Il y a quelques années de cela, alors que je m'étais attablé à la terrasse d'un café et tandis que je lisais une traduction anglaise [1]  de "Confessions", l'insigne œuvre de Saint Augustin, un ami m'ayant rejoint et mû par une saine et louable curiosité, m'avait demandé de jeter un coup d'œil  sur le livre que je tenais entre les mains, tels que nous en lisons souvent comme cela, afin de nous occuper durant notre temps libre. Bien sûr, je le lui passai volontiers. Cependant, à peine l'avait-il feuilleté, en quelques minutes, combien fus-je littéralement sidéré lorsqu'il m'interloqua :  "Ce Saint Augustin, n'est-ce pas cet américain venu en Algérie pour s'établir dans le désert, afin de vivre avec les nomades targuis ?". Visiblement, il le confondait vaguement avec un certain Père Charles de Foucauld ! Il faut préciser que cet ami est un universitaire. Comment dois-je alors vous dire combien j'en fus tout confus à sa place ? Ce fut consternant pour nous deux, voire, pour nous tous, bien que cela prête volontiers à (sou)rire, je dois vous le concéder. Cette petite histoire, pour anecdotique qu'elle est, m'a ainsi légitimement amené à rédiger ces quelques notes de l'histoire de ce prestigieux intellectuel tombé dans l'oubli pour des raisons sur lesquelles nous n'allons pas polémiquer, et dont on ne trouve hélas nulle trace dans nos manuels scolaires ni sur les étals des libraires algériens. Mais, relire une oeuvre du berbère Saint-Augustin, originellement écrite en latin, dans la langue de Shakspear parait un peu saugrenu! En effet, c’est pour dire qu’à cette époque là (1997),  cette oeuvre ne me fut pas encore accessible en Algérie dans la langue de Voltaire, plus proche tout de meme du latin, et que j’ai du me la faire gracieusement offrir par une amie américaine, avec laquelle j’entretenais une correspondence à cette époque là.
Ainsi, ces quelques pages, écrites tout d'abord par devoir de mémoire, sont une modeste contribution  de ma part afin de faire connaître davantage nos illustres penseurs antiques et les réhabiliter parmi les leurs, dans leur Tamazgha natale. Alger avait abrité du 1er au 07 Avril 2001 une rencontre internationale des plus capitales, ayant réuni une pléiade - plus d'une quarantaine - d'éminents philosophes, théologiens, et autres chercheurs de notoriété internationale, venus de plus de 16 pays. Ils avaient tenté en l'espace d'une semaine - temps vraiment court au demeurant - d'exhumer et de cerner les grands principes de la pensée augustinienne considérée, à juste titre,  profondément humaniste, faite de tolérance et porteuse de paix. Cette paix qu'aujourd'hui encore nous recherchons vaillamment, depuis tant d'années déjà. Ce colloque avait mis en avant, la dimension, véritablement universelle, de ce maître à penser de l'Occident, cet éminent penseur pourtant bien numide dans toute sa chair, sa fougue et sa sincérité légendaire et surtout son incisive perspicacité, une savante sagacité rarement faillible, et qui demeure pourtant très peu connu (voire pas du tout) de nos universitaires aujourd'hui. Assurément, parler de Saint Augustin chez lui en Algérie, constitue à notre sens, un véritable réveil des consciences ! Sommes nous alors en droit de se demander si c’est l’épilogue de la terrible amnésie collective ? 

2. Permanence de la pensée chrétienne berbère ?
Nous souhaiterions à travers cette évocation saisir cette opportunité pour nous ressourcer en allant revisiter sereinement, consciencieusement et avec une sincérité toute berbère, les limbes de notre passé, sans cesse refoulé, voire même exorcisé à notre corps défendant, mais qui marquera à jamais notre fougueuse et vive personnalité algérienne quoi qu'on en pense et quoi qu'on en dise, et dont on porte, aujourd'hui encore, les stigmates tellement vivaces au plus profond de notre âme.
Cependant, avant d'aller plus en profondeur dans ce qui caractérise la permanence de la pensée chrétienne berbère, nous devons de prime abord esquisser les contours du contexte historique nord africain ayant prévalu en cette époque de l'antiquité tardive. Rappelons déjà que trois géants dominaient la pensée chrétienne de l'Afrique du nord : Tertullien (155- 222) , Saint Cyprien ( 200 - 258) et enfin Saint Augustin (354 - 430 ). Ces trois berbères, chacun avec la personnalité qui est la sienne et le tempérament qui lui est propre, ont profondément imprégné la pensée chrétienne universelle et ont contribué à des degrés divers à l'établissement du dogme et à sa cristallisation. Ils sont de ce fait considérés comme les véritables pères fondateurs de l'Eglise africaine, rameau inséparable de l’Eglise Catholique Mère et dont l’oeuvre constitue désormais une harmonieuse et admirable trilogie que sut sécréter la pensée chrétienne berbère.

3. Tertullien (155-222), le précurseur exalté.
Il y eut d'abord Tertullien (155 - 222), né à peine un demi siècle après la mort de l’Apotre Jean, l’aimé du Seigneur.  De son vrai nom, Quintus Septimius Florens Tertullianus. Il fût un fils de Centurion de la cohorte proconsulaire. Celui-ci naquit à Carthage (en Tunisie d'aujourd'hui), qui fût pendant plusieurs siècles la véritable métropole de l'Afrique septentrionale, où il s’instruisit en grec comme en latin et destiné aux fonctions de rhéteur (i.e. ~ avocat d'aujourd'hui). On croit que sa famille était patricienne. Ses propres déclarations attestent qu'il avait reçu le jour dans le paganisme : «Autrefois, dit-il, nous insultions la religion du Christ, comme vous le faites aujourd'hui. Nous avons été des vôtres; car on ne naît pas Chrétien : On le devient.» Il avoue ailleurs qu'il avait été longtemps sans aucune lumière et privé de la connaissance du vrai Dieu; qu'il avait pris plaisir aux cruels divertissements de l'amphithéâtre; qu'il se reconnaissait coupable de toute espèce de prévarications, sans même en excepter l'adultère, et qu'il n'était au monde que pour pleurer ses fautes dans les austérités de la pénitence. Vers 195 il revint de Rome où il était avocat dans sa ville natale, converti au christianisme, après avoir, comme il le rapporte lui-même vidé jusqu'à la lie la coupe des plaisirs. Bientôt il commença une activité littéraire intense au service de l'Eglise. Saint Jérôme (347-419), - auteur de la première traduction complète (en latin) de la Bible dite la Vulgate et qui est demeurée la référence à ce jour - , et contemporain de Saint-Augustin, affirme que Tertullien était prêtre, mais c'est très invraisemblable selon les spécialistes. Il faut savoir gré à Tertullien des tristes confidences qu'il livre à la publicité. L'humilité du pécheur repentant a voulu expier les souillures du vieil homme par ces aveux, et glorifier la grâce qui avait fait de lui un homme nouveau. Mais, quand même ces aveux ne fussent pas sortis, de sa bouche, il eût été facile de conjecturer qu'une âme, ardente, comme la sienne, et sans frein pour la retenir au milieu des désordres du paganisme, avait du faire plus d'un naufrage. Ajoutez à cela le climat dévorant de la Berbérie, les passions qui bouillonnent sous ce soleil, et l'àpre énergie de ses mœurs, qui, du temps même de Saint Augustin, n'avaient pas encore perdu leur fougue ni leur rudesse. Aussi, quand Tertullien s'adresse à la volupté, on voit qu'il la flétrit comme un ennemi personnel qu'il faut tenir enchaînné, si on ne veut pas qu'il se venge de sa défaite. Mais nous avons déjà anticipé sur l'avenir. Tertullien, orphelin de bonne heure, trouva dans sa mère un guide tendre et éclairé. Doué d'une imagination facile à s'enflammer, d'un esprit pénétrant et naturellement droit, et enfin d'une grande puissance d'élocution, il obtint des succès comme avocat et professeur de rhétorique. Ces deux carrières conduisaient infailliblement aux honneurs. La beauté de son génie les lui promettait s'il fût resté dans le paganisme. Mais à côté de lui grandissait une religion sublime dans ses dogmes, pure dans sa morale, passant des catacombes à l'échafaud et de l'échafaud au triomphe. Il avait senti d'ailleurs le néant de la gloire humaine; les folles dissipations dans lesquelles il avait précipité sa jeunesse ne lui laissaient que dégoût et amertume. Le christianisme lui offrait de nobles luttes pour y déployer toute l'étendue de ses forces, et un joug salutaire pour comprimer des penchants qui l'avaient maîtrisé jusque-là. Il se sentit donc attiré aux idées chrétiennes, d'abord par ce vide que laisse en nous le désordre, et ensuite par le spectacle de la constance que déployaient les martyrs, en mourant pour la défense de leur foi. La raison lui disait qu'il fallait en croire des témoins, si héroïques et si sincères, et qu'il n'y a qu'une conviction profonde qui souffre et meure pour des faits et des principes. Il semblerait que ce fut Agrippinus, évêque de Carthage, qui acheva l'œuvre de la conversion de Tertullien, vers l'an 185. Le nom de cet évêque méritait d'être rappelé, pour avoir conquis au christianisme un homme qui en fut longtemps la gloire, avant de rompre si malheureusement avec l'Eglise. Mais cette conversion fut vraiment absolue.

4. L’Apologétique de Tertullien : une pièce d’anthologie berbère d’expression latine.
Tertullien est un des plus originaux et, mis à part Saint Augustin, le plus personnel de tous les écrivains ecclésiastiques latins. En lui l'ardeur berbère se mêlait à l'esprit pratique romain. Enflammé d'un zèle religieux inoui, il possédait une intelligence pénétrante, une éloquence entraînante, un esprit aux reparties promptes et des connaissances extraordinaires dans tous les domaines. En outre il possédait la langue latine comme personne et savait lui donner toujours de nouvelles formes. Ses œuvres ont exercé, après la Vulgate (de Saint Jérôme), la plus grande influence sur le latin chrétien ancien. Il écrit dans un style concis, nerveux, mais fréquemment aussi obscur. Mais, la dialectique de Tertullien éblouit plus qu'elle ne persuade et cela vient de sa personnalité. Il avait une nature exaltée, portée aux extrêmes et lui-même dut avouer un jour que la vertu, à l'éloge de laquelle il composa un ouvrage spécial lui manquait totalement, remarquable sincèrité toute berbère! Dans sa rhétorique entrent en jeu la colère pathétique, la verve ironique et la volubilité de l'avocat. Dans la lutte aucune considération ne l'arrête, tous ses ouvrages sont des écrits de polémique sarcastique. Tertullien a été l'écrivain latin le plus fécond de toute la période préconstantinienne ; Trente-et-un (31) ouvrages de lui en tout ont été conservés. Le plus célèbre et le plus important des ouvrages que Tertullien écrivit pendant qu'il appartenait à la grande famille catholique, c'est son Apologetique, qu'il composa vers l'an 197. Il s'attaquait aux juifs, lesquels incitaient insidieusement les gouverneurs et le peuple à persécuter les chrétiens. Il conspuait sarcastiquement les philosophes passant à côté de la sagesse. Il tournait au ridicule les rhéteurs confondant éloquence et proclamation de la vérité. Les chrétiens eux-mêmes ne furent pas à l'abri des coups de celui dont on a pu dire que [2] : "Son esprit se complaît dans l'absolu et son tempérament dans la lutte". Tous les écrivains sont d'accord pour mettre cet ouvrage au rang des chefs-d'œuvre que l'antiquité chrétienne nous a transmis. Sa réputation s'étendit bientôt aussi loin que l'Eglise elle-même, c'est-à-dire, jusqu'aux extrémités de l'univers. Quant à la conduite de l'ouvrage, suivant un écrivain moderne, elle est sans reproche; la méthode en est régulière, la marche vive et pressante, les matières savamment graduées. Les conséquences les plus décisives viennent toujours s'y enchaîner aux principes les plus lumineux. L'esprit, le bon sens et l'érudition y brillent également. Il jaillit de l'imagination de l'auteur des expressions éclatantes, créations du génie berbère, qui font le désespoir du traducteur, et ne peuvent passer dans aucune langue, qu'affaiblies par la périphrase ou l'équivalent. La plaisanterie y est souvent mordante et descend jusqu'au sarcasme. Au reste, c'est là un des caractères de Tertullien; à la gravité du raisonnement, il mêle volontiers le sel de l'ironie. Ce n'est point un homme qui demande grâce, mais qui se rit de ses bourreaux : l’imdomptable ame berbère jaillit majestueusement de ses écrit. En se jettant avec cette fougue dans la défense du christianisme dans son traité “Apologétique”, cette défense s'avéra quelque peu trop "offensive", car le plaidoyer en faveur des chrétiens calomniés tourna vite au réquisitoire contre l’ordre impérial paien établi. Pamphlétaire d'une violence inouïe. Il maniait l'humour sarcastique assenait en même temps des arguments qui reposent sur une implacable logique.

5. Quelques extraits du chef-d’oeuvre de Tertullien :  l’Apologétique
Nous préférons donner ici quelques extraits du chef-d’oeuvre afin d’édifier plus le lecteur berbère de la grandeur de leur génie. Aussi, doit-il en etre fier, et pour qu’il puisse admirer lui-meme la verve vraiment berbère de Tertullien en ayant une idée de son brillant talent d’écrivain latinisant.
5.1. Réfutation des calomnies colportées contre les nouveaux chrétiens
Ainsi en s’attaquant aux stupides calomnies colportées aux sujets des nouveaux chrétiens, Tertullien écrivait ceci dans son Apologétique :
« ... Nous sommes, dit-on, de grands criminels, à cause d'une cérémonie sacrée qui consisterait à égorger un enfant (rien que ça !), à nous en nourrir, à commettre des incestes (nos mères et soeures) après le repas, parce que des chiens, dressés à renverser les lumières, véritables entremetteurs des ténèbres, nous affranchissent, dit-on, de la honte de ces plaisirs impies... » (chap.VII). Voyons maintenant comment démonte Tertullien ces balivèrnes :
«... Pour en appeler au témoignage de la nature contre ceux qui soutiennent qu'il faut croire de pareilles balivèrnes, supposons que nous proposions réellement une récompense de ces méfaits, que c'est la vie éternelle qu'ils nous promettent. Croyez-le pour un moment. Je demande alors à ce sujet : Toi qui le crois, penses-tu que cela vaille la peine d'arriver à la vie éternelle avec la conscience de tels crimes? Viens, plonge le fer dans le corps de cet enfant, qui n'est l'ennemi de personne, qui n'est coupable envers personne, qui est le fils de tous; ou bien, si un autre accomplit cet office, toi, va voir cet homme qui meurt avant de vivre; attends que cette âme toute neuve s'échappe, recueille ce jeune sang, trempes-y ton pain, rassasie-toi avec délices. Puis, pendant le repas, compte bien les places, celle de ta mère, celle de ta soeur; note-les soigneusement, afin de ne pas te tromper, quand les chiens auront fait tomber les ténèbres. Car tu te rendras coupable d'un sacrilège, si tu ne commets pas un inceste. Initié à de pareils mystères, revêtu de ce sceau, tu vivras éternellement. Réponds-moi maintenant, je le veux, si l'immortalité vaut ce prix. Si elle ne le vaut pas, il ne faut pas non plus croire à tout cela. Même quand tu y croirais, j'affirme que tu n'en voudrais pas ; même quand tu en voudrais, j'affirme que tu ne le pourrais pas. Pourquoi donc d'autres le pourraient-ils, si vous, vous  ne le pouvez pas ? Pourquoi ne le pourriez-vous pas, si d'autres le peuvent? Nous sommes d'une autre nature, apparemment, des Cynopennes ou des Sciapodes; nos dents sont autrement disposées, nous sommes autrement conformés pour la passion incestueuse. Toi qui crois ces horreurs d'un homme, tu peux aussi les commettre souviens-toi; tu es, toi aussi, un homme, comme les chrétiens. Mais alors, toi qui es incapable de les commettre, tu ne dois pas les croire. En effet, UN CHRETIEN EST UN HOMME COMME TOI. » (Chap.VIII).
Tertullien ironise sarcastiquement comme de son habitude, et voyons avec quelle habilité il retourne ces calomnies contre leurs auteurs, adorateurs des dieux paiens: Saturne, Jupiter, Mercure...
« ... Cependant, vous dites que : « nous suggérons ce crime à des ignorants, on le leur impose. ». Ils ne savaient pas, en effet, qu'on affirmait pareille chose des chrétiens ! Ils devaient sans doute l'observer par eux-mêmes et s'en assurer à force de vigilance? Mais ceux qui veulent être initiés ont coutume, je pense, d'aller trouver d'abord le « père des mystères » et de fixer avec lui les préparatifs à faire. Il leur dit alors : « II te faudra un enfant, encore tendre, qui ne sache pas ce que c'est que la mort, qui sourie sous ton couteau ; et puis, du pain, pour recueillir le sang coulant ; en outre, des candélabres, des lampes et quelques chiens avec des bouchées de viande, pour les faire bondir et renverser les lumières. Surtout, tu devras venir avec ta mère et avec ta sœur ». Et si elles ne veulent pas venir ou si le néophyte n'en a pas? Combien de chrétiens sont seuls de leur famille ? Tu ne seras, je suppose, pas un chrétien selon les règles, si tu n'as ni sœur ni mère? «Et qu'arrivera-t-il, si tous ces préparatifs sont faits à l'insu des néophytes? » Mais sans aucun doute, ils apprennent tout dans la suite, et ils le supportent, et ils ferment les yeux ! « Ils craignent d'être punis, s'ils le proclament ! »Mais en le proclamant, ils mériteront d'être protégés par vous ; mais ils préféreront mourir que de vivre avec une telle conscience ! Mais soit! qu'ils aient peur : pourquoi donc persévèrent-ils ? Il est naturel, en effet, qu'on ne veuille pas continuer d'être ce qu'on n'aurait pas été, si on avait su ce que c'était.
Pour mieux réfuter ces calomnies, je vais montrer que c'est vous qui commettez ces crimes, partie en public, partie en secret, et c'est peut-être pour cette raison que vous les avez crus de nous. Des enfants étaient immolés publiquement à Saturne, en Afrique, jusqu'au proconsulat de Tibère, qui fit exposer les prêtres mêmes de ce dieu, attachés vivants aux arbres mêmes de son temple, qui couvraient ces crimes de leur ombre, comme à autant de croix votives : je prends à témoin mon père qui, comme soldat, exécuta cet ordre du proconsul. Mais, aujourd'hui encore, ce criminel sacrifice continue en secret. Les chrétiens ne sont pas les seuls qui vous bravent ; il n'est pas de crime qu'on puisse extirper pour toujours ; il n'y a pas de dieu qui change de moeurs. Saturne, qui n'épargna pas ses propres enfants, continuait à plus forte raison à ne pas épargner les enfants étrangers, que leurs parents venaient eux-mêmes lui offrir, s'acquittant « de bon cœur » d'un vœu et caressant leurs enfants, pour les empêcher de pleurer au moment où ils étaient immolés. Après tout, il y a une grande différence entre un simple homicide et un parricide.
Chez les Gaulois, c'étaient des hommes faits qu'on sacrifiait à Mercure. Je laisse à leurs théâtres les tragédies de la Tauride. Voyez : dans cette très religieuse cité des pieux descendants d'Enée, il y a un certain Jupiter, que dans ses jeux on arrose de sang humain. « Mais c'est le sang d'un bestiaire », direz-vous. Apparemment, c'est là moins que de l'arroser du sang d'un homme ! Est-ce que donc la chose n'est pas plus honteuse, parce que c'est le sang d'un malfaiteur ? Ce qui est sûr du moins, c'est qu'il est versé par suite d'un homicide. Oh ! que ce Jupiter est vraiment chrétien, et vraiment fils unique de son père pour sa cruauté !
Mais, puisqu'un infanticide est toujours un infanticide, peu importe qu'il soit commis dans une cérémonie du culte chrétien ou par simple caprice, à part toutefois la différence que fait le parricide, je vais m'adresser maintenant au peuple. Combien de ces hommes qui nous entourent et qui sont altérés du sang des chrétiens, combien même d'entre ces gouverneurs, pour vous si justes et si sévères envers nous, voulez-vous que je touche dans leur conscience, en leur disant qu'ils tuent les enfants qui viennent de leur naître? Et puisqu'il y a encore une différence quant au genre de mort, je vous dirai qu'il est assurément plus cruel de les étouffer dans l'eau ou de les exposer au froid, à la faim et aux chiens (que de les immoler); la mort par le fer serait même préférée par un homme fait. Quant à nous, l'homicide nous étant défendu une fois pour toutes, il ne nous est pas même permis de faire périr l'enfant conçu dans le sein de la mère(avortement), alors que l'être humain continue à être formé par le sang. C'est un homicide anticipé que d'empêcher de naître et peu importe qu'on arrache la vie après la naissance ou qu'on la détruise au moment où elle naît. C'est un homme déjà ce qui doit devenir un homme ; de même, tout fruit est déjà dans le germe... ».
Tertullien poursuit plus loin, et nous apprend que l’origine de la coutume de l’abstinence de manger des bêtes non égorgées, respectée à nos jours par les berbères est bien antérieure à l’Islam :
«...Rougissez donc de votre aveuglement devant nous autres chrétiens, qui n'admettons pas même le sang des animaux dans des mets qu'il est permis de manger, et qui, pour cette raison, nous abstenons de bêtes étouffées ou mortes d'elles-mêmes, pour n'être souillés en aucune manière de sang, même de celui qui est resté enfermé dans les chairs. Aussi, l'un des moyens que vous employez pour mettre les chrétiens à l'épreuve, c'est de leur présenter des boudins gonflés de sang, convaincus que cela leur est défendu et que c'est un moyen de les faire sortir du droit chemin. Comment pouvez-vous donc croire que ces hommes qui ont horreur du sang d'un animal (c'est une chose dont vous êtes persuadés) sont avides de sang humain? à moins peut-être que vous n'ayez, par expérience, trouvé vous-mêmes ce sang plus agréable au goût. ».
5.2. Réfutation et rejet des divinités capitolines paienes
Plus loin, Tertullien s’attaque avec une rare dérision aux divinités capitolines (dieux paiens) : 
« ...Vous dites: « Vous n'honorez pas les dieux,  et n'offrez pas de sacrifices pour les empereurs.»  Que conclure de là ? Uniquement que nous ne sacrifions pas pour d'autres par la raison qui nous empêche de sacrifier pour nous-mêmes, et cette raison, c'est qu'une fois pour toutes, nous nous abstenons d'honorer les dieux... Vos dieux, nous cessons de les honorer, du moment que nous reconnaissons qu'ils ne sont pas des dieux. Ce que vous devez donc exiger de nous, c'est que nous prouvions qu'ils ne sont pas des dieux et partant, qu'il ne faut pas les honorer, parce qu'il ne faudrait les honorer que s'ils étaient des dieux. De même, les chrétiens ne seraient punissables que s'il était prouvé que ceux qu'ils refusent d'honorer, dans la croyance qu'ils ne sont pas des dieux, sont réellement des dieux. Mais, vous dites : « Pour nous, ils sont des dieux. »! Nous en appelons, oui, nous en appelons de vous-même à votre conscience: que celle-là nous juge, que celle-là nous condamne, si elle peut nier que tous vos dieux ont été des hommes ! Et si elle aussi le nie, elle sera confondue, et par les monuments de l'antiquité, de qui elle tient la connaissance des dieux et qui rendent témoignage jusqu'à nos jours, et par les villes où les dieux sont nés, et par les pays où ils ont laissé des traces de leurs œuvres, où l'on vous montre même leurs tombeaux. »
Tertullien poursuit, s’employant, non sans admirable sagacité, à démonter systématiquement les divinités capitolines et en les ridiculisant sarcastiquemt:
« ... Passerai-je donc maintenant en revue tous vos dieux, si nombreux et si divers, dieux nouveaux et anciens, barbares ou Grecs, Romains ou étrangers, captifs ou adoptifs, particuliers ou communs, mâles ou femelles, des champs ou de la ville, marins ou guerriers? Il serait oiseux d'énumérer même leurs noms. Pour résumer donc brièvement et je le ferai, non pas pour vous les faire connaître, mais pour vous les rappeler, car vous simulez de les avoir oubliés je vous dirai qu'avant Saturne, il n'y a chez vous aucun dieu : c'est à lui que remonte l'origine de tout ce qu'il y a de meilleur et de plus connu en fait de divinités. Donc, ce qui aura été établi pour l'auteur de vos dieux s'appliquera aussi à ses descendants. Saturne donc, si je m'en rapporte à ce que disent les documents écrits, n'est pas autrement mentionné que comme un homme, ni par Diodore le Grec, ni par Thallus, ni par Cassius Severus, ni par Cornélius Népos, ni par aucun des auteurs qui ont traité des antiquités religieuses. Si je m'en rapporte à ce que nous apprennent les preuves tirées de faits historiques, je n'en trouve nulle part de plus sûres qu'en Italie même, où Saturne, après de nombreuses expéditions et après son séjour en Attique, s'établit et fut reçu par Janus, ou, comme le veulent les Saliens, par Janis. La montagne qu'il avait habitée fut appelée la montagne de Saturne (mons Saturnius) et la ville dont il avait tracé l'enceinte porte encore le nom de Saturnia ; toute l'Italie enfin, après avoir reçu le nom d'Œnotria, portait le surnom de Saturnia. C'est lui qui inventa les tablettes à écrire et la monnaie marquée d'une effigie : et voilà pourquoi il préside au trésor public. Et pourtant, si Saturne est un homme, il est à coup sûr né d'un homme, il n'est à coup sûr pas né du ciel et de la terre. Mais, comme ses parents étaient inconnus, on a pu facilement le dire fils de ceux dont nous pouvons tous paraître être les fils. Qui, en effet, ne donnerait pas au Ciel et à la Terre les noms de père et de mère, pour montrer par là son respect et sa vénération, ou bien pour se conformer à une coutume générale, qui nous fait dire des inconnus et de ceux qui se montrent à l'improviste devant nous, qu'ils sont tombés du ciel ? Donc, comme Saturne paraissait à l'improviste partout, il lui arriva d'être appelé « fils du Ciel », comme le vulgaire appelle aussi «fils de la Terre » ceux dont il ignore l'origine. Je m'abstiens de dire qu'alors les hommes menaient une vie si grossière, que l'apparition de n'importe quel homme inconnu les frappait à l'égal d'une apparition divine, puisqu'aujourd'hui, devenus civilisés, ils consacrent et mettent au nombre des dieux des hommes dont ils ont attesté la mort en les enterrant, au milieu du deuil public, quelques jours auparavant... »
« ...J'en ai dit assez de votre Saturne, bien que je l'aie fait en peu de mots. On démontrera de même que Jupiter aussi est un homme, étant fils d'un homme, et que tout l'essaim des dieux issus de cette famille est mortel, étant semblable à son auteur. Mais, n'osant pas nier que ces dieux étaient des hommes, vous avez pris le parti d'affirmer qu'ils sont devenus dieux après leur mort. Examinons donc les causes qui ont amené cette apothéose. Tout d'abord, il faut que vous admettiez l'existence d'un dieu suprême, en quelque sorte propriétaire de la divinité, lequel a pu changer les hommes en dieux. En effet, vos dieux n'auraient pu s'attribuer eux-mêmes la divinité qu'ils n'avaient pas, et nul autre n'aurait pu la fournir à ceux qui ne l'avaient pas, s'il ne la possédait pas personnellement. Si, au contraire, il n'existait personne qui eût pu les faire dieux, c'est en vain que vous prétendez que vos dieux sont devenus dieux, car vous supprimez leur auteur. Assurément, s'ils avaient pu se faire dieux par eux-mêmes, jamais ils n'auraient revêtu la condition humaine ayant le pouvoir d'en prendre une meilleure. S'il existe donc un être qui peut faire des dieux, je reviens à l'examen des raisons qu'il avait de changer des hommes en dieux ; et je n'en vois aucune, à moins que ce grand dieu n'ait eu besoin de serviteurs et d'aides pour accomplir ses fonctions divines. Or, en premier lieu, il serait indigne de lui qu'il eût besoin du concours de quelqu'un, et surtout d'un mort, car il eût été plus digne de lui de créer un dieu dès le commencement, puisqu'il allait avoir besoin du concours d'un mort ! Mais encore je ne vois pas qu'il y ait eu place pour ce concours. En effet, supposez que le vaste corps du monde que nous avons sous les yeux, ne soit pas né et n'ait pas été fait, suivant l'opinion de Pythagore, ou qu'il soit né et qu'il ait été fait, suivant celle de Platon : ce qui est certain, c'est que, après sa formation, il s'est trouvé, une fois pour toutes, disposé, pourvu du nécessaire, ordonné suivant les régies de la raison. Le principe qui a donné à tout la perfection ne saurait être imparfait. Il n'attendait nullement Saturne et la race de Saturne. Bien simples d'esprit seront les hommes, s'ils ne croient pas que dès l'origine les pluies sont tombées du ciel, que les astres ont répandu leurs rayons, que les lumières ont brillé, que les tonnerres ont grondé, que Jupiter lui-même a craint les foudres que vous lui mettiez dans la main ; et encore, que tous les fruits sont sortis en abondance du sein de la terre avant Liber, Cérés et Minerve, que dis-je ? avant le premier homme, parce que rien de ce qui est destiné à la conservation et à l'entretien de l'homme n'a pu être introduit seulement après lui. Enfin, on ne dit pas que ces dieux ont créé, mais qu'ils ont découvert toutes les choses nécessaires à la vie. Admirez ici votre ineptie : Or, une chose qu'on découvre existait déjà, et une chose qui existait déjà ne doit pas être attribuée à celui qui l'a découverte, mais à celui qui l'a créée ; car elle existait avant d'être découverte. Au reste,  si Liber est dieu pour le motif qu'il a fait connaître la vigne, on a mal agi envers Lucullus, qui le premier apporta les cerises du Pont et en répandit l'usage en Italie, de ne pas l'avoir divinisé comme auteur d'un fruit nouveau, pour l'avoir fait connaître. Par conséquent, si dès l'origine l'univers s'est maintenu, étant pourvu du nécessaire et définitivement ordonné de telle façon qu'il pouvait remplir ses fonctions, il n'existe de ce côté aucun motif d'associer l'humanité à la divinité : en effet, les emplois et les pouvoirs que vous avez répartis entre vos dieux existaient dés l'origine, aussi bien que si vous n'aviez pas créé ces dieux. Mais vous vous tournez vers un autre motif et vous répondez que la divinité est un encouragement accordé pour récompenser les services rendus. Et vous nous accordez ensuite, je suppose, que ce dieu, faiseur de dieux, se distingue surtout par sa justice, n'ayant pas dispensé une pareille récompense au hasard, ni sans qu'on la mérite, ni avec prodigalité... »
« ... Je veux donc passer en revue les mérites, pour voir s'ils ont été de nature à élever vos dieux jusqu'au ciel et non pas plutôt à les plonger au fond du Tartare, que vous regardez, quand cela vous plaît, comme la prison des châtiments infernaux. Car c'est là qu'on a coutume de reléguer tous ceux qui se sont rendus coupables d'impiété envers leurs parents, d'inceste envers une sœur, d'adultère à l'égard d'une épouse, les ravisseurs de jeunes filles, les corrupteurs d'enfants, les violents, les meurtriers, les voleurs, les fourbes et quiconque est semblable à un de vos dieux, car vous ne pourrez pas prouver qu'un seul d'entre eux soit exempt de crimes ou de vices, à moins de nier qu'il ait été homme. Mais aux motifs qui vous empêchent de nier qu'ils aient été des hommes, viennent s'ajouter encore les  caractères qui ne permettent pas de croire non plus qu'ils sont devenus dieux après. En effet, si c'est pour punir ceux qui leur ressemblent que vous présidez vos tribunaux, si tous les honnêtes gens fuient le commerce, la conversation, le contact des méchants et des infâmes, et que, d'autre part, le dieu suprême ait associé leurs pareils à sa majesté, pourquoi donc condamnez-vous ceux dont vous adorez les collègues ? C'est un outrage au ciel que votre justice ! Divinisez plutôt tous les plus grands criminels, afin de plaira à vos dieux ! C'est un honneur pour ces dieux que l'apothéose de leurs égaux ! Mais, pour laisser de côté l'exposé de ces indignités, supposons qu'ils aient été honnêtes, intègres et bons : combien d'hommes avez-vous laissés dans les enfers, qui valent mieux qu'eux : un Socrate par la sagesse, un Aristide par la justice, un Thémistocle par ses exploits militaires, un Alexandre par sa grandeur, un Polycrate par son bonheur, un Crésus par sa richesse, un Démosthène par son éloquence ! Qui, parmi vos dieux, est plus grave et plus sage que Caton, plus juste et plus vaillant que Scipion ? Qui est plus grand que Pompée, plus heureux que Sylla, plus riche que Crassus, plus éloquent que Tullius ? Combien il eût été plus digne du dieu suprême d'attendre de tels hommes pour les associer à sa divinité, lui qui certes connaissait d'avance les meilleurs! Il s'est trop hâté, je suppose, il a fermé le ciel une fois pour toutes, et maintenant il rougit certainement d'entendre les meilleurs murmurer au fond des enfers... »
« ..En voilà assez sur ce point, car je sais que, quand je vous aurai montré ce que sont vos dieux, je vous aurai fait voir d'après l'évidence même, ce qu'ils ne sont pas. Or, au sujet de vos dieux, je ne vois que les noms de quelques anciens morts, je n'entends que des fables et je m'explique votre culte par ces fables. Pour ce qui est de leurs statues, je ne vois rien d'autre que des matières sœurs de la vaisselle et des meubles ordinaires ; ou bien encore une. matière qui provient de cette même vaisselle et de ce même mobilier, et qui change de destinée par la consécration, grâce à la liberté de l'art, qui lui donne une autre forme, mais d'une manière si outrageante et par un travail si sacrilège, que vraiment nous autres chrétiens, qui sommes torturés précisément à cause des dieux, nous trouvons là une consolation à nos souffrances, en voyant vos dieux supporter, pour devenir dieux, les mêmes tourments que nous. Vous attachez les chrétiens à des croix, à des poteaux. Quelle est la statue qui ne soit d'abord formée par l'argile appliquée à une croix et à un poteau ? C'est sur un gibet que le corps de votre dieu est d'abord ébauché ! Avec des ongles de fer, vous déchirez les flancs des chrétiens. Mais tous les membres de vos dieux sont assaillis plus violemment par les haches, par les rabots et par les limes. On nous tranche la tête. Avant le plomb, les soudures et les clous, vos dieux sont sans tête. Nous sommes livrés aux bêtes. Ces bêtes sont celles que vous mettez à côté de Liber, de Cybèle et de Célestis. On nous livre au feu : on fait subir le même sort à la matière de vos dieux sous sa forme première. On nous condamne aux mines : c'est de là que vos dieux tirent leur origine. On nous relègue dans les îles : c'est dans une île que tel de vos dieux naît ou meurt. Si tout cela donne un caractère divin quelconque, ceux que vous punissez sont divinisés et il faut regarder les supplices comme une apothéose. Mais assurément vos dieux ne sentent pas ces outrages et ces affronts qu'ils subissent pendant qu'on les fabrique, pas plus qu'ils ne sentent les hommages qu'on leur rend. « Paroles impies, injures sacrilèges », dites-vous. Frémissez, écumez de colère! C'est vous-mêmes qui applaudissez un Sénèque parlant de votre superstition plus longuement et en termes plus amers. Si donc nous n'adorons pas les statues et les images glacées, tout à fait semblables aux morts qu'elles représentent, et qui ne trompent pas les milans, les souris et les araignées, le fait de répudier une erreur après l'avoir reconnue ne méritait-il pas plutôt des éloges qu'un châtiment ? En effet, pouvons-nous passer pour offenser des dieux qui, nous en sommes certains, n'existent pas ? Ce qui n'existe pas ne peut souffrir de la part de personne, parce qu'il n'existe pas... ».
5.3. Témoignage du Dieu des chrétiens
Enfin, Tertullien, ponctue avec cette pièce d’antholgie (chap.XVII) digne de citation, en dévoilant pour la première fois Le Témoignage de l’Ame: c’est à dire que l’existence de Dieu est une vérité transcendante et est naturellement inscrite dans l’ame meme des Hommes. Tertullien démontre que cette vérité est perçue par toute conscience humaine, combien meme elle persiste dans sa négation :
« ... Ce que nous adorons, c'est un Dieu unique, qui, par sa parole qui commande, par son intelligence qui dispose, par sa vertu qui peut tout, a tiré du néant toute cette masse gigantesque avec les éléments, les corps, les esprits qui la composent, pour servir d'ornement à sa majesté : c'est aussi pourquoi les Grecs ont donné au monde un nom qui signifie ornement (cosmos).  Dieu est invisible, bien qu'on le voie ; il est insaisissable, bien que sa grâce nous le rende présent ; incompréhensible, bien que nos facultés puissent le concevoir : c'est ce qui prouve sa vérité et sa grandeur. Les autres choses qu'on peut voir, saisir, comprendre à la manière ordinaire, sont inférieures aux yeux qui les voient, aux mains qui les touchent, aux sens qui les découvrent. Mais ce qui est infini n'est parfaitement connu que de soi-même. Ce qui fait comprendre Dieu, c'est l'impossibilité de le comprendre : l'immensité de sa grandeur le dévoile et le cache tout à la fois aux hommes. Et toute leur faute consiste à ne pas vouloir connaître celui qu'ils ne sauraient ignorer.  Voulez-vous que nous prouvions l'existence de Dieu par ses ouvrages, si nombreux et si beaux, qui nous conservent, qui nous soutiennent, qui nous réjouissent, par ceux-mêmes qui nous effraient ? Eh bien, par le Témoignage même de l'âme, qui, bien qu'à l'étroit dans la prison du corps, bien que pervertie par une éducation pernicieuse et pervertie, bien qu'énervée par les passions et la concupiscence, bien qu'asservie aux faux dieux, lorsqu'elle revient à elle-même, comme si elle sortait de l'ivresse ou du sommeil, ou de quelque maladie, et qu'elle recouvre la santé, invoque Dieu sous ce seul nom, parce que le vrai Dieu est unique :  « Dieu est grand, Dieu est bon ! » et     « ce qu'il plaira à Dieu », voilà le cri universel. Elle le reconnaît aussi pour juge : « Dieu le voit » et « Je me repose sur Dieu » et « Dieu me le rendra ». O témoignage de l'âme naturellement chrétienne! Et, en prononçant ces paroles, ce n'est pas vers le Capitole qu'elle tourne les yeux, mais vers le ciel. Elle connaît, en effet, le séjour du Dieu vivant : c'est de Lui, c'est de là qu'elle est descendue. »

6. Tertullien, précurseur en dévoilant le dogme de la Trinité.
Tertullien dit quelque part qu'il n'avait point de rang, et semble donc se compter parmi les laïques. Il est probable que ce fut à Carthage plutôt qu'à Rome que, déjà montaniste, il découvrit l'hérésie que Praxéas semait contre la Trinité, vers la fin du pontificat de Saint Victor (Pape berbère, 189-199). Mais rappelons quelques découvertes sensationnelles du précurseur. Dans l’un de ses ouvrages les plus étendus, il fut le premier à formuler la psychologie chrétienne; à sa base se trouve la «psychologie» du médecin Soranus d'Ëphèse. Par ailleurs, Tertullien serait l’auteur de la plus claire exposition anténicéenne (i.e., plus d’un siècle avant le 1er concile oecuménique de l'Histoire de l’Eglise, tenu à Nicée, le 20 mai 325 ) de la doctrine ecclésiastique sur la Sainte Trinité, fondement du dogme chrétien, dirigé contre le patripassien Praxéas; c'est ici en effet que se rencontre pour la première fois le mot trinitas. Tertullien affirma également sans équivoque la dualité des natures en la seule personne du Christ, il a été dans cette doctrine un précurseur pour l'Occident. Ainsi, les miracles de Jésus montreraient la réalité de sa divinité, tandis que ses sentiments et ses souffrances, témoignent de la réalité de son humanité. (doctrine adoptée définitivement au concile d’Ephèse été 431). D’autre part, Tertullien fut également celui qui forgeat (vers l’an 200) l’implaccable outil juridique, le concept de prescription , le plus solide, le plus redoutable et l’invincible argument utilisé depuis par l’Eglise catholique pour combattre les nombreuses hérésies contingentes. En effet, ce terme signifie exception par prescription. Tertullien montrait dans cet écrit que non pas les hérétiques, mais seule l'Église catholique peut revendiquer pour elle la protection légale de prescription. Arguant du fait que les apôtres ont confié la vérité révélée aux églises fondées par eux; celles-ci sont donc seules les vrais témoins et dépositaires de la vérité et il faut être d'accord avec elles dans la foi ou s’effacer ! Ce qui existe dès l'origine dans le christianisme est la vérité; or la doctrine catholique est instituée dès l’origine, tandis que chaque hérésie est une nouveauté. Ironie du sort, en 207 cependant, Tertullien consomma malheureusement sa propre rupture avec l'Eglise et s’effaçat de lui-meme! Son esprit sévère et dur, ennemi de tout compromis, le conduisit à la secte des montanistes où il devint bientôt le chef d'un parti à lui, les Tertullianistes. Il mourut très âgé, après 222, à Carthage. Quelle triste fin en effet !
Cependant, le précurseur de la pensée chrétienne berbère avait mérité les bénédictions et la reconnaissance de toutes les Eglises, par la profondeur de son génie et la solidité de ses raisonnements. Ses ouvrages étaient dans toutes les mains, lus, médités, encourageant les forts et soutenant les faibles. Son nom se confondait avec celui d'Apologiste du christianisme. Par quelle fatalité le docteur de la foi aima-t-il mieux perdre sa couronne que de persévérer jusqu'au terme du pèlerinage? Lorsque les Pères de l'Eglise, ses contemporains ou ses successeurs, interrogent les causes de cette lamentable chute, pathétiques, ils insinuent que la Religion n'a pas besoin du génie pour se défendre, ou pour subsister. Ensuite, dans leur langage figuré, ils avertissent les humbles arbrisseaux de prendre garde de se laisser déraciner par le vent de l'hérésie, puisque les cèdres du Liban sont emportés par la tempête. On a voulu expliquer la rupture de Tertullien par le refus qu'il avait éprouvé, quand il brigua l'honneur de s'asseoir dans la chaire épiscopale d'Agrippinus, à Carthage, ou même de devenir évêque de Rome. Rien ne justifie cette conjecture. Saint Jérôme dit positivement que la jalousie et des paroles imprudentes du clergé romain précipitèrent, l'illustre docteur dans l'hérésie. Il faudrait à jamais regretter que des sévérités hors de saison eussent contribué à ce fatal divorce. Gabriel Camps de l'INALCO disait de lui que: "S'il avait vécu deux siècles plus tard il aurait été donatiste et au Moyen-Age, Kharédjite" [2]. Cependant, ce berbère est peut être celui qui représente le mieux, parfois jusqu'à la caricature, le tempérament bien berbère, dans sa fougue, sa sincérité, son opiniâtreté, son éloquence verbale, son indiscipline, son impulsivité épidermique ; tempérament à rapprocher, à celui de l’artiste anticonformiste Matoub Lounès (1956-1998) du XXe siècle [3].

7. Saint Cyprien ( 200-258 ), la vertu martyrisée
Moins outrancière est la figure du martyre Saint Cyprien ( 200 - 258 ), de son vrai nom :Thascius Cecile Cyprien.  lui aussi né à Carthage. Issu de l’Aristocratie, il reçut lui également une éducation de rhéteur pour devenir avocat. Il eut pour maître Tertullien mais ne fut pas aussi fougueux que lui. Jusque là donc, ses moeurs étaient ceux d'un païen célibataire. Après sa conversion, il trouva son bonheur en donnant ses biens aux pauvres. Tant et si bien que les chrétiens de Carthage le choisirent deux ans après comme évêque. Progressivement, il devint, par son influence, chef de l'Eglise d'Afrique.
En ce milieu du IIIe siècle, et à travers ses écrits, nous devinons aisément que les chrétiens et les prêtres d’Afrique sont loin d’être tous des saints ou des modèles de vertu. Cyprien rappela les vierges consacrées à leurs vœux et à un peu plus de modestie, les clercs à l’obéissance et à la pauvreté. Quarante ans de paix de l’Eglise avaient en effet entraîné relâchements de la discipline et de la morale. Cyprien s’en plaignit amèrement. Ainsi lorsque la persécution recommença suite à la proclamation de l’édit de 249 par l’empereur Dèce, les candidats au martyr furent bien moins nombreux que les apostats ! Certains n’attendaient même pas qu’ils soient interpellés pour sacrifier aux divinités capitolines et au génie de l’empereur. Cyprien ne rechercha pas le martyr, retranché dans sa retraite, sans doute proche de sa métropole, il tenta malgré tout d’empêcher ces revirements en continuant à gouverner normalement son diocèse, les problèmes ne manquaient pas, il est vrai. Après la tempête générée par l’édit de persécution de 249, le calme fut revenu quelques temps après. Cependant, l’épineux conflit, dit des « lapsi » (Tombés, en latin), qui allait tirailler et enflammer littéralement les rapports, déjà tendus, existant entre l’Eglise africaine et l’Eglise romaine (Officielle) pendant près de deux siècles et ce, pratiquement jusqu’à l’arrivée des Vandales en 430, et la mort de Saint Augustin, remonte précisément à cette date là. Il est par conséquent judicieux d’insister un peu plus sur cette question afin de mieux comprendre les développements devant intervenir ultérieurement.

8. La querelle fatale des « lapsi » (tombés) et l’absolution des traditeurs 
A la demande de ses fidèles, il se cacha durant la persécution de Dèce et fut épargné. Lorsqu'éclata ensuite la persécution de Valérien, il fut envoyé en exil par un proconsul qui lui était favorable. Mais le successeur l'étant moins, le fit chercher, le ramena à Carthage où il fut décapité. Vis-à-vis des chrétiens qui avaient apostasié pour éviter la mort, saint Cyprien était plein de miséricorde, professant que la miséricorde divine est plus grande que le plus grand des péchés. Le pape saint Corneille s'appuya sur lui lors de la querelle des "lapsi", des chrétiens apostats. Après Saint Augustin, il est l'un des plus grands témoins de la doctrine de l'Eglise latine des premiers siècles. Le pontificat du pape Saint Corneille (251-253) fut donc marqué par la querelle de la réintégration des "lapsi"(Tombés), les chrétiens qui n'avaient pas eu le courage du martyre et avait renié leur foi. Saint Corneille, fut ainsi soutenu par Saint Cyprien, les acceptait dans la pénitence. Cependant, Novatien, élu antipape, leur refusait le pardon. Ce fut le schisme qui se répandit en Italie, en Gaule et même en Orient. Saint Cyprien écrivit alors son traité "Sur l'unité de l'Eglise", où il rappelle le rôle fondamental du Siège des apôtres Pierre et Paul d'où procède l'unité des évêques. Le schisme se réduisit sans totalement disparaître quand arriva une nouvelle persécution. Saint Corneille fut arrêté et exilé à Civitavecchia où il mourut.
Ce problème des « lapsi » consiste en ce que ceux (les chrétiens africains) qui avaient faibli durant la persécution en reniant leur religion, qu'on nomme aussi Traditeurs (Car ils avaient cédé aux injonctions impériales en reniant leur foi, en cédant leurs propres livres sacrés pour etre brulés par les autorités de l’empire romain), ont formulé leur désir de revenir de nouveau au christianisme. Ils allaient donc demander l’absolution auprès des martyrs prisonniers qui n’avaient pas cédé d’un iota à leur foi. Cyprien, de toute évidence, était de ceux-là. Bien qu'il eut désiré faire prévaloir une âme charitable en se pronoçant en faveur de leur absolution, il condamna cepenandant énergiquement ceux qui distribuaient des billets d'indulgence, car selon lui cette pratique est antinomique à la Parole de Dieu [4]. Les intransigeants ne le suivirent pourtant pas et ce fut le schisme, très africain, des Novatistes qui ne reposait cependant que sur des questions disciplinaires et des querelles de personnes. C’est au sujet de ce schisme que Cyprien entrera en lutte ouverte contre le pape Etienne 1er, car l’Eglise africaine et celle de Rome n’avaient pas alors la même doctrine concernant la validité de ces billets d'absolution ainsi que du baptême administré par des hérétiques. Les africains, en cela, se montraient plus intransigeants.
Par ailleurs, Saint Cyprien fut le théologien de l’unité de l’Eglise, conçue dans un sens non monarchique, tel la nature de celle de Rome, et se veut fondamentalement collégiale. Le traité « De l’unité de l’Église » a été rédigé à Carthage, en Afrique du Nord, en 251. A propos de l’Unité de l’Eglise, Saint Cyprien disait : « ...La tunique du Christ, tissée d’une seule pièce et sans couture, ne peut être divisée par ceux qui la possèdent. Indivise, d’un seul morceau, d’un seul tissu, elle figure la concorde et la cohésion de notre peuple, à nous qui avons revêtu le Christ. Par le mystère de ce vêtement et par son symbole, le Christ a rendu manifeste l’unité de l’Eglise. »
Cyprien, adopte une position miséricordieuse à l’égard des lapsi, ces chrétiens qui n’ont pas su résister à la persécution et qui ont sacrifié aux idoles. Il adresse par contre une sérieuse mise en garde aux confesseurs de la foi (les chrétiens qui ont été fidèles lors des persécutions) qui, sous prétexte d’avoir fait face aux intimidations impériales se croient désormais définitivement sauvés. Il n’en est rien, dit Cyprien. Il convient de vivre en fidélité avec l’Évangile jusqu’au terme de sa vie, sans quoi on n’est pas sauvé. Il les met également en garde contre l’orgueilleuse tentation de créer une église parallèle à la grande Église. Cela n’aboutirait à rien car « Hors de l’Église, point de salut » (traduit ici : personne ne peut se sauver en dehors de l’Église). Rares sont les expressions patristiques qui connurent un tel succès. Plus rares encore, celles qui auront été aussi mal comprises. Cet adage de Cyprien ne s’adressait pas à des non-chrétiens (elle ne les exclut donc pas du salut), mais à des chrétiens qui, tout en reconnaissant que le Christ est le Sauveur, cherchaient à constituer une autre église, divisant ainsi la tunique du Christ. L'œuvre de Cyprien est considérable, il aborda tous les genres de l’apologétique et de la pastorale dans ses nombreux traités, écrits, comme ses admirables épîtres, dans une langue latine riche et élégante qui fait de ce pasteur un grand écrivain.

9. L’acte du premier martyre episcopal (Thascius Caecilius Cyprien, le 14 Septembre 258 ) :
Pendant les cinq ou six siècles de son existence, l’Eglise d’Afrique n’eut pas de plus grands hommes que Tertullien, saint Cyprien et saint Augustin. Ce fut cette renommée qui désigna Saint Cyprien aux persécuteurs. Valérien rendit, l’an 257, un édit d’après lequel, pour la première fois, la communauté chrétienne était traitée en association illicite. D’après divers indices, on constate que la question religieuse est au second plan, car la nature de la peine infligée à ceux qui refusent de sacrifier est l’exil. L’édit réserve ses sévérités pour ceux qui feront revivre l’association dissoute. Conformément à cette législation, Cyprien, ayant refusé de sacrifier, fut envoyé à Curube; mais il est probable que l’édit fut insuffisant, car on l’aggrava l’année suivante. L’édit de 258 déclarait que tous les évêques, prêtres ou diacres, qui refuseraient d’abjurer, seraient sur-le-champ mis à mort. Ce fut donc comme sacrilège, conspirateur et fauteur d’association illicite, que Cyprien fut condamné et exécuté en martyre un mémorable 14 Septembre 258. Voudrions-nous bien redire ici l’émouvant témoignage des actes proconulaires du martyre de Thascius Caecilius Cyprien (14 Septembre 258), tels que rappporté par Ponce, son diacre  : Début du témoignage de Ponce, diacre de Saint Cyprien :
L’empereur Valérien était consul pour la quatrième fois et Gallien pour la troisième. Le 30 août, à Carthage, dans son cabinet, Paterne dit à Cyprien:
- Les très saints empereurs Valérien et Gallien ont daigné m’adresser des lettres par lesquelles ils ordonnent à ceux qui ne suivent pas la religion romaine d’en reconnaître désormais les cérémonies. C’est pour cette raison que je t’ai fait citer: que réponds-tu ?
Cyprien répondit : « Je suis chrétien et évêque. Je ne connais pas de dieux, si ce n’est le seul et vrai Dieu qui a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent. C’est ce Dieu que nous, chrétiens, nous servons; c’est lui que nous prions jour et nuit, pour nous et pour tous les hommes, et pour le salut des empereurs eux-mêmes.
- Tu persévères dans cette volonté?
- Une volonté bonne, qui connaît Dieu, ne peut être changée.
- Pourras-tu donc, suivant les ordres de Valérien et de Gallien, partir en exil pour la ville de Curube ?
- Je pars.
- Ils ont daigné m’écrire au sujet non seulement des évêques, mais aussi des prêtres. Je veux donc savoir de toi les noms des prêtres qui demeurent dans cette ville.
- Vous avez très utilement défendu la délation par vos lois. Aussi ne puis-je les révéler et les trahir, On les trouvera dans leurs villes.
- Je les ferai rechercher, et dès aujourd’hui, dans cette ville.
- Notre discipline défend de s’offrir de soi-même, et cela contrarie tes calculs, mais si tu les fais rechercher,  tu les trouveras.
- Oui, je les trouverai, et il ajouta : Les empereurs ont aussi défendu de tenir aucune réunion et d’entrer dans les cimetières. Celui qui n’observera pas ce précepte bienfaisant encourra la peine capitale.
- Fais ton devoir.
Alors le proconsul Paterne ordonna que le bienheureux Cyprien, évêque, fût exilé. Il demeurait depuis longtemps déjà dans son exil, lorsque le proconsul Galère Maxime succéda à Aspase Paterne. Il rappela Cyprien du lieu de son exil et ordonna, qu’on le fit comparaître devant lui. Cyprien, le saint martyre choisi de Dieu, revint donc de Curube où l’avait exilé Paterne; il demeurait, conformément, à l’ordre donné, dans ses terres, où il espérait chaque jour voir arriver ceux qui devaient l’arrêter, comme un songe l’en avait averti.
Il s’y trouvait donc lorsque soudainement, le 13 septembre, sous le consulat de Tuscus et de Bassus, deux employés du proconsul, l’un écuyer de l’officium de Galère Maxime, l’autre palefrenier du même officium, vinrent le prendre ; ils le firent monter en voiture, se mirent à ses côtés et le conduisirent à Sexti, où Galère s’était retiré en convalescence. Celui-ci remit la cause au lendemain. On ramena Cyprien à Carthage dans la maison du directeur de l’officium, laquelle était située au quartier de Saturne, entre la rue de Vénus et la rue Salutaire. Tout ce qu’il y avait de fidèles s’y porta; mais le saint, l’ayant su, ordonna de faire retirer les jeunes filles; le reste de la foule stationna devant la porte de la maison. Le lendemain matin, 14 Septembre, la foule immense, sachant l’ajournement prononcé la veille par Galère Maxime, se transporta à Sexti.
Le proconsul dit à Cyprien : « Tu es Thascius Cyprien?
- Je le suis.
- Tu t’es fait le pape de ces hommes sacrilèges?
-Oui.
- Les très saints empereurs ont ordonne que tu sacrifies.
- Je ne le fais pas.
- Réfléchis
- Fais ce qui t’a été commandé dans une chose aussi juste, il n y a pas matière à réflexion »
Galère, ayant pris l’avis de son conseil, rendit à regret cette sentence: « Tu as longtemps vécu en sacrilège, tu as réuni autour de toi beaucoup de complices de ta coupable conspiration, tu t’es fait l’ennemi des dieux de Rome et de ses lois saintes ; nos pieux et très sacrés empereurs, Valérien et Gallien, Augustes, et Valérien, très noble César, n’ont pu te ramener à la pratique de leur culte. C’est pourquoi, fauteur de grands crimes, porte-étendard de ta secte, tu serviras d’exemple à ceux que tu as associés à ta scélératesse : ton sang sera la sanction des lois. »
Ensuite il lut sur une tablette l’arrêt suivant :
- « Nous ordonnons que Thascius Cyprien soit mis à mort par le glaive ».
Cyprien, dit:
- « Grâces à Dieu ».
Dès que l’arrêt fut prononcé, la foule des chrétiens se mit à crier. « Qu’on nous coupe la tête avec lui ». Ce fut ensuite un désordre indescriptible; la foule cependant suivit le condamné jusqu’à la plaine de Sexti. Cyprien, étant arrivé sur le lieu de l’exécution, détacha son manteau, s’agenouilla et pria Dieu, la face contre terre. Puis il enleva son vêtement, qui était une tunique à la mode dalmate, et le remit aux diacres. Vêtu d’une chemise de lin, il attendit le bourreau. A l’arrivée de celui-ci, l’évêque donna ordre qu’on comptât à cet homme vingt-cinq pièces d’or. Pendant ces apprêts, les fidèles étendaient des draps et des serviettes autour du martyr. Cyprien se banda lui-même les yeux. Comme il ne pouvait se lier les mains, le prêtre Julien et un sous-diacre, portant, lui aussi, le nom de Julien lui rendirent ce service. En cette posture, Cyprien reçut la mort. Son corps fut transporté à quelque distance, loin des regards curieux des païens. Le soir, les frères, munis de cierges et de torches, transportèrent le cadavre dans le domaine funéraire du procurateur Macrobe Candide, sur la route de Mappala, près des réservoirs de Carthage. Cependant, quelques jours plus tard, le proconsul Galère Maxime mourut… Le bienheureux martyre Cyprien mourut le 14 Septembre 258, sous le règne des empereurs Valérien et Gallien. Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soit gloire et honneur, règne dans les siècles des siècles. Amen.
Et le diacre d’achever son témoignage par cette pensée digne de compassion : 
“Ainsi se consomma le sacrifice; et Cyprien, qui avait été le modèle de toutes les vertus, fut encore le premier qui, en Afrique, teignit de son sang les couronnes épiscopales; car avant lui personne, depuis les apôtres, n’avait eu cet honneur. Dans cette suite d’évêques qui avaient siégé à Carthage, quoique beaucoup eussent déployé de rares vertus, jusqu’à lui on n’en cite aucun qui soit mort martyr. Il est vrai que l’obéissance et le dévouement à Dieu, dans des hommes consacrés à son service, a droit d’être regardé comme un long martyre; pour Cyprien cependant la couronne fut plus complète, Dieu ayant voulu consommer son sacrifice, afin que, dans la cité même où il avait vécu d’une manière si sainte et accompli le premier tant de grandes et nobles choses, le premier aussi il embellît, de la pourpre glorieuse de son sang, les ornements sacrés d’un ministère tout céleste. Et maintenant que dirai-je de moi-même? Partagé entre la joie de son sacrifice et la douleur de lui survivre, mon coeur est trop étroit pour suffire à ce double sentiment, et mon âme est accablée sous le poids de ces deux impressions qui se la partagent. M’attristerai-je de n’avoir pas été son compagnon? Mais sa victoire doit être pour moi un sujet de triomphe. D’un autre côté, puis-je triompher de sa victoire, quand je pleure de l’avoir vu partir sans moi ?Toutefois, je vous l’avouerai avec simplicité (mais vous connaissez déjà toutes mes pensées), sa gloire m inonde de joie, d’une joie trop grande peut-être; et cependant la douleur d’être resté seul l’emporte encore…”
Anisi finit l’émouvant témoignage de Ponce, diacre du martyre Saint Cyprien. Le prestige de Saint Cyprien demeura immense dans les siècles qui suivirent et à Carthage, trois basiliques lui furent consacrées.

10. Saint Augustin (354-430), le Saint Docteur de l’Eglise
Près d’un siècle plus tard, Saint Augustin (354 – 430) naquit à Thagaste (Souk Ahras, actuellement), le plus grand, le plus illustre et le plus universel de ces trois pères fondateurs de l’Eglise africaine. Marcel Neusch, spécialiste des études augustiniennes à Paris, ayant recueilli quelques témoignages de certaines autorités intellectuelles et théologiques sur la valeur de la personne d'Augustin, reconnaissait honnêtement dans El Watan du 24 Août 2000 que : " ... Augustin n'a pas besoin de béquilles pour venir à nous. Il nous parle lui même, par la valeur de sa pensée et la qualité de son expérience. Mais ces paroles d'autorités témoignent précisément de l'intérêt que la pensée d'Augustin représente pour l'Eglise Universelle, au delà de nos familles religieuses plus ou moins directement placées sous le vocable augustinien...". En effet, Augustin a le plus clair de sa vie ecclésiastique, pendant plus de 34 ans, œuvré pour unifier l'Eglise primitive en s’opposant et en s'attaquant - philosophiquement s'entend – au paganisme et la superstition ainsi qu’à toutes les formes de schismes et doctrines hérétiques épisodiques sous-jacentes tels que le manichéisme, l’arianisme, le donatisme, le pélagianisme, etc. De ce fait, en répondant tout simplement aux défis de son temps, Saint Augustin a su en effet, inventer, sans le vouloir au demeurant, une théologie chrétienne basée sur l'unification doctrinale de l'Eglise, dont héritera l'Occident et qui l'inspirera à divers moments de sa mue. Aujourd'hui encore, l'analyse de la pensée augustinienne ne peut laisser dans l'indifférence. Par sa profondeur, elle exerce sur nous une irrésistible force à nous déterminer presque instinctivement de quel côté venir nous ranger nous-mêmes par rapport aux concepts aussi graves que le péché originel, le libre arbitre et la grâce qu'il nous a forgés ainsi que bien d'autres questions qu'il avait soulevées et qui relèvent cependant de la théologie ecclésiastique pure.

11. Qui est-ce alors Saint Augustin ?
Qui est donc ce prestigieux Saint Augustin, que le Grand Dieu a bien voulu faire atterrir chez nous - c'est-à-dire chez lui - ? Pour sacrifier aux usages académiques, sa biographie peut se résumer pourtant en quelques lignes. Ainsi donc, Saint Augustin est né en Algérie, à Souk Ahras - l'Antique Thagaste - en l'an 354 ap.J-C. Il est fils d'un père écurion de croyance païenne et d'une mère chrétienne pieuse, nommée Monique. Il eut donc une éducation chrétienne dans son enfance. Après sa première école à Madaure (l'actuelle M'daourouch) jusqu'à l’âge de 16 ans, il part pour Carthage où il continua ses études en rhétorique. Dès le début de l'an 375, et après avoir lu l'ouvrage de Cicéron "Hortensius", il s'intéressa profondément à la philosophie, particulièrement la doctrine manichéenne, à laquelle il se convertit. Quelques temps après, il part pour la conquête de Rome, la capitale de l'Empire d'alors, et y fonda en l'an 383 sa propre école de rhétorique. A Milan, il subit l'influence du néoplatonisme ainsi que les prêches de Saint Ambroise, qu’il aimait beaucoup écouter. Après avoir agonisé intérieurement, sous l'effet des conflits auxquels il faisait face, son âme se purifia et il prit la décision de renoncer à toutes ses convictions non fondées sur l'orthodoxie de l'époque et se fit tout naturellement baptiser au printemps de l'an 387, à l'âge de 33 ans. Puis tout s'accéléra pour lui. A son retour en Afrique, il fut ordonné prêtre en 391, avant d’être élu, cinq ans plus tard, évêque d'Hippone (Annaba, actuellement). Pendant plus de 34 ans, il vécut en communauté cléricale et se consacra à défendre le christianisme contre les multiples hérésies contingentes et à beaucoup écrire. Il mourut à Hippone, qui subissait alors un siège drastique par les troupes ariennes vandales, le 28 Aout 430. Il laissa derrière lui une œuvre immense ! Qu'en en juge : Il a écrit pas moins de quatre vingt seize ouvrages - certains spécialistes lui en ont même attribué la paternité de plus de 113 livres et traités - , et plus de 200 lettres en plus de 500 sermons lui sont conservés ! Incontestablement, il est l’auteur le plus prolifique de toute l’Eglise Universelle et pour le quel on trouve aucun concurrent à ce jour ! Deux de ses plus longs ouvrages qui ont suffit à le rendre universellement célèbre, demeurent encore une référence capitale jusque de nos jours : "Confessions" et "La Cité de Dieu". Saint Augustin a donc légué une œuvre tant immense qu’impérissable, "Confessions" notamment, dont André Mandouze avait écrit : "... elle fait à coup sûr, partie des dix ou vingt best-sellers de toute l'histoire de l'édition aussi bien que de l’Humanité".  Avant de dresser quelques idées maîtresses de la pensée de Saint Augustin, rappelons déjà qu’il eut une influence prépondérante dans la pensée chrétienne occidentale. Ainsi, nous le voyons, il avait profondément influencé les plus illustres philosophes du Moyen-Age, notamment ceux qui furent les pionniers de la Renaissance en Europe au début du XVe siècle tels Martin Luther ( 1483-1546) qui fut artisan de la Réforme de l'Eglise Chrétienne aux cotés de Jean Calvin (1509-1564), ou Jansénius (1583-1638) à l'origine du jansénisme [5], Blaise Pascal (1623-1662), l'éminent mathématicien, physicien et philosophe,  célèbre par ses "Pensées", Jean Jacques Rousseau (1712-1778) auteur du chef d'œuvre "Du Contrat Social", ou plus près de nous, Emmanuel Mounier (1905-1950)  philosophe et fondateur de la revue "l'Esprit", considéré comme le fils spirituel de Saint Augustin, l’historien Henri-Irénée Marrou (1904-1977) cité précédemment, et enfin Stephen Hawking, illustre physicien contemporain, et nous en passons...

12. Sincérité bien numide de Saint Augustin
C'est précisément au sujet de la profonde sincérité de saint Augustin, que le professeur André Mandouze avait écrit: "… C'est même par reconnaissance à ce Saint Augustin que je me suis cru devoir lui consacrer quelques huit cents pages, avec en sous-titre : "l'aventure de la raison et de la grâce". Oui, si c'était à refaire, avec lui sur les routes de la recherche - de la recherche du savoir mais aussi de liberté - , avec lui comme jadis sur les routes dangereuses de la France occupée et de l'Algérie - son pays qui précisément aspirait à redevenir lui-même -, je referais le chemin. Foin des imbéciles en chambre ! Augustin est fait pour le grand vent, les montagnes et les horizons infinis. Quant aux "Confessions", elles n'ont rien à voir avec les bruissements de lèvres dans les sinistres boîtes à pénitence de notre jeunesse. Si elles sont résolument confessions de péchés, c'est dans la mesure où cette confession de vie est en même temps confession de foi et confession de louanges, la proclamation du Dieu de plénitude et de bonheur…" [6].

13. Permanente contextualité de la pensée augustinienne
Aujourd'hui, nous qui continuons piteusement à mener une vie littéralement tiraillée par de profonds questionnements internes et traînant une mémoire amnésique ou simplement engourdie, avons cruellement besoin des paroles aussi stimulantes qu'adoucissantes  pour soigner nos blessures internes et embaumer nos meurtrissures profondes et que s'estompe notre peine, ne serait ce qu'en l'espace d'une semaine, et que nous ayons la délivrance à l'âme que nous procure une (re)lecture, ô combien actuelle, de l'œuvre de Saint Augustin. En effet, lorsque nos quotidiens sont faits d'interminables enchaînements de massacres qui se suivent et qui se ressemblent, et que nos rencontres de communion ne sont faites naturellement que pour prendre part aux insupportables processions funèbres, et que nos palabres ne sont devenues que de vaines litanies de résignation, nous saisissons volontiers cette invitation pour écouter, voire méditer, ce que nous dit Saint Augustin, ou plutôt, ce qu'il nous écrit à travers le lointain passé immémorial. Il nous dit tout simplement ceci : "Revenez, transgresseurs, à votre cœur et soudez-vous en celui qui vous a faits. Tenez fermes en lui : vous serez fermes ; Reposez en lui : vous serez en repos. Où allez-vous au rocailleux? Où allez-vous ? Le bien, votre amour, existe par lui, mais bon et suave dans la mesure est qu'il se rapporte à lui, le bien sera justement amer, du fait que lui on l'abandonne; on aime injustement ce qui est de lui, quel qu’il soit. Où cela vous mène-t-il de cheminer encore et toujours par de difficiles voies ? Le repos n'est pas là où vous le cherchez. Ce que vous cherchez, cherchez-le, mais pas où vous le cherchez. Vous cherchez une vie heureuse au pays de la mort ? Elle n'y est pas.". [7]
A la lecture de ce passage - qui peut frapper l'imagination -, un exemple parmi tant d'autres encore, on ne peut que s'interroger pourquoi le temps n'ait pu avoir d'emprise sur les paroles augustiniennes. Comment dès lors ne pas se sentir interpellé avec force par ce Saint Augustin dont le verbe, d'une extrême suavité, parvient à nous avec un amour d'une apaisante chaleur, bien de chez nous de surcroît,  après avoir traversé plus de 16 siècles, en conservant intacte et entière sa douce fraîcheur. Et justement, l’éminent historien philologue français Henri Irénée Marrou (1904-1977) disait bien à propos de cette permanente contextualité de la pensée augustinienne : "Seize siècles nous séparent de Saint Augustin. Nous séparent ? Disons plutôt nous unissent à lui, car cette longue période n'est pas comme un trou vide : elle est tout entière pénétrée de la présence d'Augustin, de sa gloire de son influence, pour ne rien dire des âpres débats qu'a soulevés l'interprétation des nuances délicates de sa pensée. Si son nom s'impose avec tant d'insistance à notre attention, c'est autant que par son être propre, pour tout ce qu'au cours de ces siècles la tradition de la culture occidentale a placé sous son invocation" [8].

14. Saint Augustin et la problématique linguistique
Bien plus, le lecteur doit s'émouvoir encore davantage en mesurant à quel point le contexte d'alors ne diffère quasiment pas de celui d'aujourd'hui, si ce n'est les référents historiques, naturellement changeant, et somme toute inévitablement d'ailleurs. Il découvrira par exemple, à titre d'illustration, pourquoi Augustin détestait particulièrement le grec, serait-ce parce qu'on le lui fit apprendre à l'école à coups de bâton, comme il pensait utile à le souligner ? et comment avait-il fini par adopter presque naturellement le latin, qui ne fut pourtant pas sa langue maternelle - Saint Augustin est en effet issu d'une famille berbère autochtone - comme il tenait lui-même à le préciser dans ses "Confessions": "... lorsque j'étais enfant je n'en connaissait (du latin) le moindre mot.", écrivait-il dans ses Confessions. Il nous suffit donc de transmuer le grec vers l'arabe et le latin vers le français et tenir compte en plus de la récente et inévitable renaissance de TAMAZIGHT, pour se convaincre que le problème linguistique (Berbère/Arabe/Français) qui envenime présentement les rapports conflictuels existant entre les principales écoles de l’élite de notre pays, loin d’etre un faux-clivage de contingence, ne peut pas se réduire tout simplement à une lutte impitoyable d’influence et d'hégémonie comme d'aucuns se laissent facilement duper à le croire. Ce conflit pose en fait un problème de fond, il témoignerait meme de la résurgence d’un hiatus séculier, autrement plus grave, et ne saurait donc etre raisonablement éludé avec une telle légereté. Mais, il faut bien se décider courageusement à aller en rechercher les racines bien ailleurs, en osant pénétrer notre passé suffisamment en profondeur jusqu'à ses origines antiques. Saint Augustin nous dit alors, toujours dans ses Confessions, il y a seize siècles de cela: "...Nous ne haïssons jamais une langue donnée, c'est la pensée qu'elle véhicule que nous rejetons...".

15. Le saint Docteur : Architecte des préceptes doctrinaux de l’Eglise
Il faut rappeler donc que Saint Augustin fut le théoricien incontesté de l’histoire du christianisme; C’est ce berbère qui est le père du latin ecclésiastique, outil unique de toute la culture philosophique du Moyen Âge et de la Renaissance. C’est Saint Augustin qui a posé les fondements du dogme et de la tradition chrétienne et c’est toujours lui qui a défini les bases de la séparation des pouvoirs spirituel et temporel, question qui ne cessera de tourmenter l’Église. Il a légué l’ambiguité sur la grâce, qui inspirera les réformateurs du XVIe siècle. Qu’on en juge dans ce qui suit :
15.1. Du libre arbitre et de la grace pour contrer le pélagianisme
Ainsi, répondant aux manichéens, dont la doctrine prétendait apporter une réponse simple, voire simpliste, à la fameuse question  « D’où vient le mal ? », Saint Augustin a forgé le déterminant concept du libre arbitre : « ... Le fondement de la liberté est dans le principe même de nos déterminations volontaires. Le point de départ de tout acte moral humain est l’homme lui-même et lui seul, considéré dans la faculté qu’il a de se déterminer  sans l’intervention d’aucun élément étranger. Le mérite de la bonne action appartient à l’homme, rien n’a agi sur sa volonté en un sens ou en un autre, sa détermination est parfaitement libre… » . Si Saint Augustin finit par rejeter le manichéisme, c'est parce que précisément ce dernier exonère l'homme de toute faute. Néanmoins, et en ce sens il s'opposera vigoureusement à l'hérésie pélagienne, l'homme ne peut pas se sauver tout seul. Il n'appartient pas à l'homme de faire lui-même son salut. Tout dépend de la grâce que Dieu accorde ou non. Cette idée influencera plus tard profondément la religion réformée de Calvin. L'homme est incapable de se libérer seul des sollicitations de la concupiscence, car la puissance des passions est liée au péché originel. Par ailleurs, la notion du devenir historique existe chez Saint Augustin : le fait que, par le Christ, Dieu soit intervenu dans le cours naturel du monde est un événement fondamental qui donne son sens à la cité des hommes et à son devenir vers la Cité de Dieu. Il existe en effet deux cités qui coexistent dans ce monde : la cité terrestre qui a pour principe l'amour de soi allant jusqu'au mépris de Dieu et la cité céleste qui regroupe toutes les nations vivant sous la loi de Dieu et a pour principe l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi. Si la cité terrestre est historique et donc contingente, la cité de Dieu a pour fin la paix dans la perfection. Les malheurs terrestres sont des épreuves et des châtiments qui nous préparent à l'éternité. Par ailleurs, après la chute de la " ville éternelle ", Rome, sous les coups des barbares d'Alaric, et pour contrer la superstition et le paganisme qui refaisait surface à chaque fois qu'il y eut des calamités, Saint Augustin avait rédigé le mémorable ouvrage  «  La Cité de Dieu » , où il affirme que nulle cité n'a les promesses d'éternité : toutes les civilisations sont mortelles. A cette même époque apparut donc le pélagianisme. Celui-ci est en fait une forme de doctrine véhiculant l'optimisme humain outrancier quant à sa capacité à obtenir lui-même sa grâce [9]. Cette doctrine hérétique tient son nom de son initiateur, Pélage, un moine laïc et ascète établi à Rome, puis, fuyant le désastre de la chute de Rome, il rejoignit Carthage pour s'y réfugier. Cet enseignement erroné, vous ne vous en doutez pas, a prestement ravivé la hargne combative d'un Saint Augustin très alerte sur ces questions, qui fut d'ailleurs considéré comme le docteur de la grâce. Contre le pélagianisme,  Saint Augustin répondra donc par le biais de son traité sur la grâce où, il démontre justement l'incapacité de l'homme à atteindre spontanément son salut.

15.2. Contre la secte des donatistes, pour l’Unité de l’Eglise
En ce qui concerne le donatisme, bien que largement commenté par nos historiens, limitons-nous quand même à émettre quelques remarques succinctes. Une analyse sereine, expurgée de toute tentation subjective de quelconque nature que ce soit, doit nous amener à considérer le donatisme comme un simple conflit interne à l’Eglise africaine, bien que séculier, il est vrai. Il prit naissance à l’élection, fortement controversée, de Cécilien évêque de Carthage en 311, car consacré par Félix, évêque d'Aptonge, considéré alors traditeur (ayant faibli durant la persécution). Cette situation conflictuelle, plus ou moins vive, se compliqua énormément au fil du temps et dura jusqu’à la chute d’Hippone en 430. Bien que certains ont cru devoir y lire « une lutte des classes au stade embryonnaire »ou, encore, « un avant goût d'un impérialisme primaire », nous pensons, en toute objectivité, que le donatisme, du moins celui condamné et combattu par Saint Augustin, ne pourra et ne devra être réduit qu'à sa juste nature : une tentative de "bicéphalisation" et de fragilisation de l'Eglise Africaine comme un rameau inséparable de l’Eglise Mère, ce qui constitue pour Saint Augustin un sacrilège, une atteinte inadmissible à l'Enseignement du Christ. Cependant, nous nous accordons parfaitement à reconnaître qu'à ce schisme, purement ecclésiastique, une multitude de problèmes sociaux et politiques, souvent iniques pour la condition, déjà misérable, des berbères, sont venus s'y greffer à desseins stratégiques de toute évidence. Ce scénario ne doit pas être occulté, d'autant plus qu'il est loin de nous être étranger à nous les Algériens pour l'avoir subi sous les habits de l’Islam dans un passé encore récent. La question du donatisme, vue sous cet angle, relève donc d'un autre débat éloigné de l’objet de ce présent écrit.
15.3. La Lumière de la Vérité : Chant populaire composé par Saint Augustin
Afin de confondre totalement les donatistes qui semaient la terreur parmi les fidèles innocents, exactement comme le fait aujourd’hui encore la secte de nos assassins illuminés des temps modernes, mais il est vrai, sous la couverture de l’Islam (admirez la contextualité des faits !), Saint Augustain ne se contentait pas uniquement de precher, mais il composa un chant populaire intitulé « La Lumière de la Vérité » afin de prouver aux sectataires qu’ils n’ont plus aucun argument recevable à faire prévaloir et ils sont mus en réalité par de viles intentions, délétères et ingrates envers l’Eglise, leur Mère. Voici quelques extraits de ce chant, vraisemblablement composé en berbère à l’origine, mais nous fut légué dans sa traduction latine. En lisant ces extraits, on ne manquera pas de relever la sincérité de Saint-Augustin, et on comprendra aisément toute la fatale problématique donatiste  :
Vous tous qui goûtez les douceurs de la paix, ouvrez enfin les yeux à la lumière de la vérité !
« Qu'il est bon, qu'il est agréable pour des frères d'habiter sous un même toit ». Ecoutez la voix du Prophète et rentrez dans l'unité.
A-t-on jamais pu nous prouver ce crime de trahison dont on nous accuse depuis si longtemps?
A quel tribunal avons-nous été appelés? Quels furent les juges désignés pour rendre la sentence?
Quels furent les témoins qui devaient nous confondre? Qui d'entre eux a osé déposer?
Je le dis sans hésiter, le crime dont ils se sentaient coupables, ils l'ont volontiers attribué à d'autres.
Pour mieux accréditer leur calomnie, ne pouvaient-ils pas invoquer la renommée qui parlait de la tradition des livres sacrés?
Quant aux coupables, ils se cachaient sous ce cri de réprobation.
Pour mieux se déguiser, ils n'ont pas craint d'accuser des innocents.
Il n'en fallut pas davantage pour tromper les autres chefs de la secte ;
Car ils se fussent reproché comme un crime de ne pas croire à la parole de leurs collègues.
Frères, dissipons cette erreur, et soyons unis.
Vous tous qui goûtez les douceurs de la paix, ouvrez enfin les yeux à la lumière de la vérité !
Plongés dans leur aveuglement, ils ont fait ce qu'ils ont voulu.
Des juges, il n'y en eut point; encore moins confièrent-ils cette mission à des prêtres que l'on convoque toujours dans des affaires de cette importance.
On n'entendit sur la question ni accusateur ni accusé;
Ni témoins, ni preuves à l'aide desquels on pût constater le crime.
Mais l'erreur y était avec tous les excès qu'elle produit, la fureur, la ruse et le tumulte.
Qu'ils produisent sous nos yeux les Actes dans lesquels tout concile enregistre ses débats et ses conclusions;
Et nous verrons ce qui a pu les mettre en demeure d'ériger autel contre autel.
Si Cécilien était un prêtre criminel, on devait d'abord le déposer;
Si la déposition n'était pas possible, on devait le tolérer dans l'intérieur du filet.
Ne tolérez-vous pas aujourd'hui dans vos rangs une multitude de prêtres dont la perversité est manifeste?
Vous les tolérez pour attiser  vos fureurs, et vous ne pouvez tolérer un coupable pour conserver la paix !
Vous tous qui goûtez les douceurs de la paix, ouvrez enfin les yeux à la lumière de la vérité !
Grande serait aujourd'hui notre joie, si alors vous aviez reculé devant le spectre de l'erreur.
Mais supposons qu'alors la vérité ne vous soit point apparue; aujourd'hui qu'on la déroule devant vous, ouvrez les yeux et voyez.
Vous comptez dans vos rangs un grand nombre de pécheurs dont la présence vous déplaît;
Et cependant vous ne les rejetez pas de votre communion.
Je ne parle pas de ces péchés, que vous pourriez nier;
Je parle de ces violences que vos adeptes commettent en plein jour, des coups qu'ils portent, des incendies qu'ils allument, et du sang qu'ils versent.
Et cependant vous les tolérez, soit par erreur, soit par crainte.
Convenez donc que par respect pour l'unité, vos pères pouvaient bien tolérer un seul coupable ;
Si le tumulte populaire était tel qu'il leur fût impossible de punir le coupable par la dégradation.
J'ajoute que Cécilien était innocent, et qu'ils n'ont jamais pu prouver sa culpabilité.
Mais il n'eût pas été prudent d'examiner de trop près le crime dont ils se sentaient coupables ;
Le mieux était pour eux de se décerner un brevet de parfaite justice, jettant la perturbation dans les esprits.
Vous tous qui goûtez les douceurs de la paix, ouvrez enfin les yeux à la lumière de la vérité !
 Celui qui cherche de vains honneurs, renonce par là même à régner avec Jésus-Christ. Il imite le chef de cette secte dont ils sont les malheureuses victimes.
Donat voulait soumettre à ses lois l'Afrique tout entière.
C'est alors qu'il demanda à l'empereur des juges d'outre-mer.
Une demande aussi injuste ne pouvait être inspirée par la charité.
C'est ce qu'atteste hautement la vérité dont je veux vous faire sentir l'évidence.
L'empereur consentit et envoya, pour siéger à Rome,
Des prêtres qui pouvaient alors entendre Cécilien et Donat.
La plainte fut entendue, mais elle ne parut appuyée sur aucune preuve; Donat eut l'audace d'en appeler;
Et après.avoir plaidé devant ses collègues, il voulut porter sa cause devant l'empereur lui-même.
Il est évident qu'une telle demande n'était pas inspirée par la charité.
Enfin, se voyant confondu devant tous les tribunaux, il prit le parti de réitérer le baptême aux chrétiens.
Pourquoi nous faire un crime d'être restés dans l'unité;
A l'époque de la persécution, nous n'étions pas encore.
Il est écrit que les enfants ne sont pas responsables du crime même de leurs pères. Cependant personne ne produit de bons fruits, s'il a été retranché de la vigne.
Vous tous qui goûtez les douceurs de la paix, ouvrez enfin les yeux à la lumière de la vérité !
Vous savez ce que c'est appartenir à l'Eglise catholique, et ce que c'est que d'être retranché du cep de vigne.
S'il est parmi vous des hommes sages et prudents, qu'ils viennent et qu'ils vivent des sucs de la racine;
Avant qu'ils soient entièrement desséchés, qu'ils s'arrachent à la voracité des flammes.
Nous ne réitérons pas le baptême, parce que nous croyons à l'unité de signe dans la foi.
Du reste nous ne croyons pas à votre sainteté, nous n'en voyons en vous que la forme. Le sarment, lui aussi, a la forme de la vigne, parce qu'il a été retranché de la vigne.
Mais, cette forme, à quoi peut-elle lui servir, s'il ne vit pas de la racine ?
Revenez, mes frères, si vous voulez être entés sur la vigne.
Nous sommes saisis de douleur quand nous vous voyons gisants et sans vie.
Comptez les pontifes qui se sont succédé sur la chaire de Pierre,
Et voyez si cette succession ne prouve pas une intervention divine et constante.
C'est bien là le rocher que n'ébranleront jamais les portes orgueilleuses de l'enfer.
Vous tous qui goûtez les douceurs de la paix, ouvrez enfin les yeux à la lumière de la vérité !
Je suppose qu'un homme tout rempli de la foi catholique,
Un de ces hommes comme étaient ces saints dont nous entendons parler,
Je suppose qu'il vous dise : Frère, pourquoi voulez-vous me réitérer le baptême?
Ce qui s'est fait avant moi, je l'ignore; mais toujours est-il que maintenant je suis dans la foi de Jésus-Christ.
Si un crime que j'ignore peut me souiller, montrez-moi du moins ce que vous êtes.
Je contemple votre visage, mais j'ignore les secrets de votre coeur.
Si ce que j'ignore peut me souiller, peut-être me souillez-vous vous-même?
Supposé même que je vous regarde comme un saint, du moins voyez avec qui vous êtes en communion.
Si ce que nous ignorons nous souille, vous ne pouvez être saint,
Car vous êtes souillé par tous les crimes que vos sectaires commettent en secret.
D'un autre côté, si vous ne prenez aucun souci de ce que vous ignorez, n'ai-je pas également le droit de ne pas m'inquiéter de ce qui s'est fait avant moi ?
Et cependant c'est à ce chrétien que vous osez réitérer le baptême.
Vous tous qui goûtez les douceurs de la paix, ouvrez enfin les yeux à la lumière de la vérité !
Malheur à vous qui livrez ces combats injustes pour conserver vos sièges !
Vous criez à haute voix qu'il n'y a de saints que vous, mais votre coeur vous rend un tout autre témoignage;
Car vous voyez vous-mêmes que le mal abonde partout parmi vos frères.
Direz-vous : Nous sommes mêlés dans les plis du filet?
On vous répond que ce filet, vous l'avez rompu.
Direz-vous que vous tolérez la paille avec le bon grain?
Nous vous répondons également: Pourquoi ne le faisiez-vous pas auparavant?
Nos ancêtres n'étaient pas plus criminels que ce traître Judas,
Avec lequel les Apôtres ont participé pour la première fois à la cène,
Quoiqu'ils sussent qu'il était coupable du crime de trahison.
Cependant ils n'ont pas été souillés du crime que Judas nourrissait dans son coeur.
Pour vous, vous osez rebaptiser nos frères déjà chrétiens.
Vous tous qui goûtez les douceurs de la paix, ouvrez enfin les yeux à la lumière de la vérité !
Frères, prêtez l'oreille à mes paroles, et ne vous irritez point contre moi !
Ce ne sont point des mensonges que vous entendez, vous pouvez en juger vous-mêmes.
Si l'Eglise en personne vous parlait le langage de la paix;  elle vous dirait :
« O mes enfants, quelle plainte pouvez-vous porter contre votre mère?
Je veux savoir de vous le motif pour lequel vous m'avez quittée.
Vous accusez vos frères, et vous ne craignez pas de déchirer mon sein.
Quand les Gentils me persécutaient, j'ai supporté de cruelles douleurs;
Beaucoup m'ont abandonnée, mais c'était sous la pression de la crainte.
Et personne ne vous a contraints à vous révolter contre moi.
Vous dites que vous êtes avec moi, mais vous voyez vous-mêmes que vous mentez.
Je suis l'Eglise catholique, et vous appartenez à la secte de Donat
L'Apôtre m'a ordonné de prier pour les rois de la terre,
Et vous vous irritez qu'il y ait des rois dans la foi chrétienne.
Si vous êtes mes fils, pourquoi vous irriter d'entendre mes prières?
Quand ils vous ont fait des présents, vous avez refusé de les accepter.
Vous avez donc oublié que longtemps avant vous les Prophètes ont annoncé
Que de puissants rois des nations enverraient des présents à l'Eglise ?
En refusant ces présents, vous avez prouvé que vous n'êtes pas les enfants dé l'Eglise.
Et vous avez placé Macarius dans la nécessité de venger sa douleur.
Et que vous ai-je donc fait, moi votre mère, répandue sur toute la face de la terre?
Je rejette les méchants quand je le puis, et je supporte ceux que je ne puis renvoyer.
Je les tolère jusqu'à leur conversion ou jusqu'à la séparation dernière.
Pourquoi m'avez-vous abandonnée et contrainte de supporter tous les déchirements de votre mort?
Si  parce que vous aviez une haine profonde pour les méchants, voyez ceux que vous comptez parmi vous.
Et si vous tolérez les méchants, pourquoi ne pas les tolérer dans l'unité,
Où l'on ne réitère jamais le baptême, où l'on n'érige jamais autel contre autel?
Vous tolérez ces grands pécheurs, et en cela pourtant vous ne méritez aucune récompense.
Car ce que vous devriez faire pour le Christ, vous le faites pour Donat.
Mes frères, nous vous chantons l'hymne de la paix, si vous voulez la recevoir et nous entendre.
Notre Juge viendra; ce que nous donnons, il l'exige rigoureusement. ».
Nous le voyons,  Saint Augustin n’a vraiment pas ménage le moindre effort pour tenter de sauver l’Eglise d’Afrique et ses fidèles de l’extinction qui la menaçait et qu’il entrevoyait de son vivant déjà ! En effet, nous pensons que la persistence du donatisme, et peu après, le développement de l’arianisme (hérésie importée en Afrique par les vandales) sont les principales causes ayant précipité l’effondrement, certes progressif, de l’Eglise d’Afrique, à peine deux siècles et demi après la mort de saint Augustin, jusqu’à sa disparition totale, au XIème siècle.

16. Saint Augustin et le rationalisme spirituel
Par ailleurs, Saint Augustin découvre, avant Descartes, le cogito : je puis me tromper mais " si je me trompe, c'est que j'existe" C'est par la participation à la lumière divine que l'esprit humain acquiert sa sagesse, reflet de ce Divin que l'homme peut saisir au sein même de son âme. Il existe donc des vérités éternelles qui nous sont révélées par une lumière intérieure (théorie de l'illumination), ce qui permet à Augustin de conserver la théorie platonicienne des Idées tout en rejetant le mythe de la réminiscence. La religion est affaire de foi, adhésion de l'âme nous faisant saisir les principes premiers et qui nous met en possession de la vérité. Néanmoins, la Raison, conçue comme faculté discursive, n'entre pas en conflit avec la foi, mais la complète harmonieusement : il faut comprendre pour croire dit-il. De ce point de vue les mystères (par exemple celui de la Trinité) doivent être expliqués. On commence par la foi qui appelle ensuite la connaissance : "La foi cherche, l'intellect trouve."
Il serait cependant peu avisé, voire malintentionné, de faire croire que la pensée augustinienne n'intéresse que les chrétiens ou les ecclésiastiques. Bien au contraire, car, à l'instar des théologiens évidemment, un grand nombre des penseurs de notre époque qui font et défont la pensée moderne de l'humanité aujourd'hui tels que philosophes, sociologues, historiens, psychologues et même, tenez-vous bien, les physiciens de notre temps ont trouvé, et trouveront encore à coup sûr, leur source d'inspiration dans précisément l'œuvre de Saint Augustin. Il serait long d'énumérer tous les travaux universellement reconnus ayant pris racine, à l'origine, dans la pensée augustinienne.
La philosophie de Saint Augustin est en effet intimement imprégnée des pans entiers de sa vie et en particulier à son expérience de la culpabilité. C’est en fait un cheminement-type dans lequel se reconnaissent la plupart de ceux qui se convertissent au Christianisme.

17. Saint Augustin et la grande énigme du temps
Pour notre part, nous citerons un seul exemple, par le biais duquel nous, en tant que physiciens, nous avions été initié à l'œuvre de Saint Augustin et c'est celui qui a sans doute attiré le plus notre attention avec insistance dans son œuvre. Dans “Confessions”, Saint Augustin développe une intéressante conception du temps. S'opposant à la conception classique, qui faisait du temps une dimension des choses, Saint Augustin montre que le temps n'a pas d'être puisque le passé n'est plus, l'avenir n'est pas encore et le présent est cet instant infinitésimal immédiatement retourné au néant. Ainsi le temps n'a pas d'autre réalité que la réalité subjective que lui confère ma conscience, par ma mémoire (passé), mon attente (avenir) ou mon attention (présent). Il n'est nulle part ailleurs que dans l'esprit des hommes. Ce qui distingue le temps de l'éternité divine est que cette dernière échappe à la succession.
Notre ami lecteur doit ainsi savoir que Saint Augustin est le premier philosophe à avoir saisi, dès la fin du quatrième siècle de notre ère, que le concept physique du temps est une notion endogène à l'Univers, propriété du temps qui a nécessité près de quinze siècles pour que la cosmologie moderne ne la (re)découvre seulement au début du XXe siècle, par l'intermédiaire de la célèbre théorie de relativité d'Albert Einstein, publiée entre 1905 et 1917. De quoi s'agit-il, en termes plus simples ? Il va falloir auparavant définir brièvement ce qu'est la cosmologie. Pour les moins initiés, disons que c'est une science exacte fondée sur la logique cartésienne et s'appuie tout naturellement sur l'observation et l'expérience. C'est une branche de la physique théorique qui, comme toutes les sciences exactes, met en œuvre des outils mathématiques, bien que fort complexes, voire sophistiqués parfois, mais elle procède toutefois toujours selon le cheminement déductif traditionnel en usant d'un esprit discursif et tout à fait rationnel. L'importance - voire, la gravité - de cette science réside en fait dans son objet : notre Univers. La cosmologie s'intéresse en effet à l'histoire de l'Univers, de l'origine de sa formation - si l'on admet qu'il en a une - et de son issue ainsi que de sa constitution à diverses étapes de son développement, s'il n'est cependant pas considéré statique, comme beaucoup tendent à le penser aujourd'hui. Qu'avait dit Saint Augustin à ce propos ? Eh bien, Stephen Hawking, un éminent spécialiste de cette discipline de la physique théorique, reconnaît déjà : « … Le concept du temps n’a aucun sens avant la naissance de l’Univers. Cela fut remarqué pour la première fois par Saint Augustin » [10], et du coup, il rend tout logiquement à César ce qui appartient à César et à Augustin ce qui est à Augustin. 
En effet, il y a Seize siècles de cela, Saint Augustin écrivait dans le livre XI de "Confessions" : «  A qui dit :" Dieu, avant de créer le ciel et la terre, que faisait-il ? " voici comment je réponds. Ma réponse n'a rien de celle qu'on rapporte, faite par quelqu'un pour éluder la question en sa rudesse : " Il préparait les gouffres de l'Enfer pour les gens qui posent de telles questions ". Autre chose est une visée, autre chose est une risée. Telle n'est pas ma réponse. J'aimerai mieux, ignorant, avoir répondu par l’aveu de mon ignorance que par ces mots-là, faits pour attirer des railleries à l’homme de ces questions sans fond et des compliments à l’homme des réponses fausses » . On admirera, au passage, la saisissante probité intellectuelle du maître. Un peu plus loin, il nous donne sa limpide réponse dont la clarté n’a pas manqué et ne manquera certainement pas d’éblouir les physiciens de notre époque, à l'instar de Stephen Hawking cité précédemment. Augustin nous livre sa réponse en s’adressant directement à Dieu : « …Etant donc admis que les temps – le passé, le présent et l’avenir – sont tous ton ouvrage, s’il y eut, avant que tu fasses le ciel et la terre, un temps quelconque, pourquoi dire que tu chômais, sans ouvrage ? Ce temps là même,  aussi bien, tu l’avais créé et il ne put y avoir des temps passés avant que tu aies créé le temps. Si d’ailleurs, il n’y eut , avant le ciel et la terre, aucun temps, pourquoi demander ce que tu faisais alors, puisque, faute de temps, il n’y avait pas d’alors ?  ». Telle n’est qu’une pièce d'espèce que seul le génie de Saint Augustin peut en produire.

18. L’oeuvre-héritage de Saint Augustin et la postérité.
Pour conclure, soulignons que l'œuvre de Saint Augustin nous apparaît comme en enchaînement logique et harmonieux, voire une forme de synthèse complète et parfaitement homogénéisée des œuvres éparses dues à Tertullien et à Saint Cyprien. Ceci ne doit pourtant pas signifier l'expropriation de Saint Augustin des notions doctrinales, académiquement bien formulées, qui ne sont dues qu'à son génie propre, bien au contraire. Mais, son mérite est autrement plus imposant, en ce sens qu'il a pu universaliser la pensée qui est la sienne tout d'abord, et africaine à travers lui, quoi qu'on en dise.  A bien lire l’héritage augustinien, on se rendra consciencieusement compte, j’en suis persuadé, de la profondeur mais surtout de la sincérité du sentiment patriotique d’Augustin, que d’aucuns avaient taxé d’une manière malveillante, d’impérialiste vassal à la solde des romains. En vérité, on peut se convaincre du contraire après une lecture sereine et dépassionnée des « Confessions » ou encore « Cité de Dieu ». Car, entre les lignes de l’ensemble de son oeuvre Confessions, transparait  en filigrane la dimension « pro-africaniste » d’Augustin, il est vrai, d’une manière plutot sibylline et fort intelligente certes, à ceux qui peuvent saisir bien sur la subtilité du verbe, pour laquelle nous Kabyles nous sommes tant habitués. Il faut dire et confirmer sans le moindre doute qu’Augustin s’était rangé de tout temps, depuis en tout cas sa reconversion et son retour précipité en Afrique, décision fort révélatrice d’ailleurs, du coté des interets supremes de son peuple qu’il chérissait jusqu’à en mourir, lors du siège des vandales en avril 430. Ceux qui s’opposent à ce que l’oeuvre de Saint Augustin soit réhabilitée dans le patrimoine immatériel collectif des Algériens usent à de termes vides de sens et manifestement anachroniques et tout à fait hors contexte, du genre : «néo-impérialisme, défenseur asservi du Catholicisme rigoriste..... ». En vérité, s’ils peuvent nous édifier de quelque donnée que ce soit, ils ne sauraient en fait que dénoter à quel point justement ils se découvrent visiblement bien peu préparés à assumer pleinement l’Histoire de notre nation algérienne, en en  faisant une lecture sereine, objective et expurgée de toute charge passionnelle, de préjugés ou autres clichés réducteurs, de ce que nous (ren)enseigne l’Histoire à propos de l’immense contribution du peuple berbère à la civilisation universelle au sens le plus large du terme. André Mandouze nous avait pourtant bien prévenu : « Foin des imbéciles en chambre ! Augustin est fait pour le grand vent, les montagnes et les horizons infinis. ».

19. Berbérité de Saint-Augustin.
A propos de la berbérité de Saint Augustin, bien que ne disposant pas de suffisantes preuves,  il est cependant crucial et raisonable, sans se suicider intellectuellement, d’admettre que lors de ses innombrables sermons administrés durant ses 34 années de service sacerdotal en Afrique, Augustin prechait vraissemblablement la population punique (i.e., non romaine, i.e., non romanisée) en langue autochtone, i.e, le punique (ancetre du berbère). En effet, il y a toute une foule d’indices qui nous porte à le croire. Tout d’abord, du fait meme que ces berbères étaient non romanisés, i.e., ne s’étant pas acculturés et donc n’ayant pas fréquenté l’école romaine pour pouvoir apprendre à parler et à écrire le latin, comme ce fut le cas pour Augustin, je ne suis vraiment pas disposé à croire qu’Augustin eut l’outrecuidance d’aller transmettre son enseignement sacerdotal à des populations, accrochées à ses lèvres je l’imagine, dans une langue latine que seuls les lettrés romanisés pouvaient comprendre ! Donc, il est manifeste que Saint Augustin ait toujours parlé, avec éloquence en plus, la langue amazigh de son époque, i.e., celle de son peuple. Meme s’il n’a pas jugé opportun de le mentionner textuellement dans ses oeuvres – forcément,  car ses écrits savants étaient surtout destinés au monde lettré d’expression latine. Concernant les sermons d’Augustins justement, bien que transcrits en latin, Mouloud Mammeri affirmait lors d’une conférence présentée à Larbaa Nath Iraten (ayant pour thème Culture populaire berbère) [11], quelques temps avant sa mort que, voulant persuader les fidèles de prendre grand soin de l’unité et de l’harmonie de l’Eglise du Seigneur, Saint-Augustin se serait exprimé en ses termes : « Comme la beauté d’une maison se voit à sa porte, la beauté d’une jument à son galop et la beauté d’une femme à ses enfants ; La beauté du Seigneur se voit à son Eglise (i.e., la communauté des fidèles) ! ».  Mais, curieusement la tradition orale berbère, kabyle à tout le moins, selon toujours Mouloud mammeri, a su sauvegarder un proverbe ancien qui dit exactement ceci : « Ccbaha n wexxam, d tabburt-is ; Ccbaha n Tegmart, d tikli-yis, Ccbaha n tmettut d arraw-is ! » à partir duquel, de toute vraissemblance, Saint Augustin aurait emprunté textuellement sa métaphore, traduite litéralement dans sa transcription latine du sermon. Par ailleurs dans son chant populaire « La lumière de la Vérité », originellement composé vraisemblablement en berbère pour contrer les Donatistes (dont nous avons donné un large extrait précédemment), Saint Augustin y utilise un grand nombre d’expressions métaphoriques traduites du berbère, dans la traduction latine du chant qu’il nous a légué [12]. En voici un vers extrait de ce chant: « Que votre aire conserve ses pailles, puisque vous ne voulez être que cela. », qui semble provenir d’un dicton berbère antique (kabyle) qui dit grosso modo la même chose : « A wer ifru lhebb ghef ‘clim, d akken i tebgham ad tilim». Nous pouvons multiplier à volonté des indices de ce type qui tendent à prouver justement que Saint-Augustin ne devait et ne pouvait raisonnablement (et objectivement) pas renier ses origines et sa culture ancestrales, bien au contraire, il s’en servait à merveille, du reste rhéteur qu’il était, pour faire passer dans un tantinet d’éloquence le message pour lequel il était persuadé être prédestiné et chargé de transmettre à son peuple, en toute honnêteté et une probité si rare ! Ainsi, nous le voyons, Augustin était de culture foncièrement africaine et berbère jusque dans le tréfonds de son âme, chose que découvrent d’ailleurs, avec un certain dépit à peine voilé, certains philosophes occidentaux aigris tel l’allemand F. Nietzche qui, n’ayant pas pu se libérer déjà de son nombrillisme et son propre orgueil jusqu’à se confondre (orgueil que du reste nous trainons nous tous comme un ignoble avatar de notre âme pecheresse), en le traitant avec dédain et une honteuse condescendance de ‘l’Africain esclave affranchi par erreur‘ [13]. Mais en vérité il faut dire qu’ Africain, Augustin le revendique haut et fort, esclave affranchi, il le revendique encore avec bien plus de conviction depuis sa reconversion et son Salut, mais manifestement pas « par erreur », car toute sa vie et sa prolifique oeuvre léguée à l’Humanité entière, témoigne exactement du contraire ! 

20. Conclusions et recommandations
Que conclure au terme de cette courte rétrospective de notre histoire de l’antiquité tardive,  si ce n’est qu’en ces temps présents la permanence berbère se découvre de plus en plus pleine de vitalité. Il semble que les valeurs et les vertus cardinales, foncièrement chrétiennes, invétérées jusque dans le tréfonds des berbères et ayant façonné leur caractère intrinsèque des siècles durant, n’aient pas pour autant souffert à l’érosion du temps. En effet, à la fin du XIVe siècle, soit plus de deux siècles et demi après la disparition attéstée des ultimes communautés chrétiennes berbères en Afrique du Nord, l’historien et sociologue musulman Ibn Khaldun (1332-1406) rapportait un témoignage fort élogieux à propos de la nature exceptionnelle des valeurs qu’il aurait observé chez les berbères de son époque à travers cette citation qui est désormais demeurée célèbre : «...On a vu chez les berbères des choses tellement hors du commun, des faits tellement admirables, qu'il est impossible de méconnaître le grand soin que Dieu a eu de cette nation, l’extreme bonté qu’Il lui a toujours témoignée, la combinaison de vertus dont Il l’a dotée, les nombreux genres de perfection auxquels Il l’a fait atteindre et toutes les diverses qualités propres à l’espèce humaine qu’Il lui a permis de réunir et de s’approprier. A ce sujet les historiens rapportent des circonstances qui remplissent le lecteur d’un profond étonnement... » [14]. En effet. Quoi que rappelé précisément dans le présent contexte, ce témoignage revet, il est vrai, un sens tout à fait particulier. Par ailleurs, Ibn-Khaldun (qui ne se considérait pas lui-meme berbère) avait entamé son encensement des berbères, loin d’etre désintéressé certes, en écrivant : « ... Citons cependant les vertus qui font honneur à l’homme mais qui étaient devenues pour les berbères une véritable seconde nature ; leur empressement à s’acquérir des qualités louables, la noblesse de l’ame qui les porta au premier rang parmi les nations, les actions par lesquelles ils méritèrent les louanges de l’univers, bravoure et promptitude à défendre leurs hotes et clients, fidélité aux promesses, aux engagements et aux traités, patience dans l’adversité, fermeté dans les grandes afflictions, douceur de caractère, indulgence pour les défauts et les erreurs d’autrui, éloignement pour la vengence, bonté pour les malheureux, respect pour les vieillards et les hommes dévots, empressement à soulager les infortunés, hospitalité, charité, magnanimité, haine de l’oppression, valeur déployéecontre les empires qui les menaçaient, victoires remportées sur des princes de la terre, dévouement à la cause de Dieu. Voilà pour les berbères une foule de titres à une haute illustration, titres hérités de leurs pères et dont l’exposé exhaustif, mis par écrit, aurait pu servir d’exemple aux nations à venir... »[15].
Cependant, il se put qu’Ibn-Khaldun lui-meme eut exalté délibérément, tout à fait à dessein d’ailleurs, l’orgueil et le sentiment identitaire et nationalitère des berbères de son époque afin, eut-il pensé, de les amener à servir avec un ardent enthousiasme, un farouche engagement et une fidélité voulue sans faille à la cause dont il se crut etre investi un instant en terre d’Afrique. Il n’en demeure pas moins que, pour nous berbères chrétiens d’aujourd’hui, fort bien édifiés de notre Histoire et des valeurs invétérées de nos illustres ancetres en Christ, ce témoignage khaldounien ne nous semble pas pour autant s’etre trop écarté de la vérité. En effet, un peuple imbu de ces exceptionnelles qualités, ne peut etre nécessairement que béni par Dieu, notamment lorsqu’il développe ancore plus de zèle pour s’acquérir et s’approprier de la lumière de la vérité émancipatrice. Ainsi, Mouloud Mammeri (1917-1989) fut incontestablement lucide et prémonitoire en nous léguant son testament : « ...Quel que soit le point de la course où le terme m’atteindra, je partirai avec la certitude chevillée que, quels que soient les obstacles que l’histoire lui apportera, c’est dans le sens de sa libération que mon peuple (et à travers lui les autres) ira. L’ignorance, les préjugés, l’inculture peuvent un instant entraver ce libre mouvement, mais il est sûr que le jour inévitablement viendra où l’on distinguera la vérité de ses faux semblants. Tout le reste est littérature. » [16].
A l’adresse des musulmans algériens, pour peu qu’ils se sentent berbères sur cette terre de Tamazgha qui demeurera leur patrie, nous leur enjoignons d’avoir une pensée de reconnaissance et de gratitude à leurs ancetres Tertullien, Saint-Cyprien et Saint-Augustin, combien meme ils furent chrétiens, eu égard à l’extraordinaire dévouement et l’admirable témérité avec lesquels ils ont combattu le paganisme, bien avant l’arrivée de la nouvelle religion en terre d’Afrique, et avaient donné aux idéaux de paix, de tolérance et de fraternité leurs lettres de noblesse. Nous leur disons ceci : ne cultivez pas de ressentiments envers vos frères de sang qui entendent désormais rejoindre la foi chrétienne de leur valeureux ancetres ; comprenez-les, aimez-les comme vos frères de sang comme ils vous aiment vous leurs frères de sang et vous acceptent dans votre religion. cotoyez-les et écoutez leur témoignage de vérité, vous en seriez bien édifiés dans la justice et l’équité. 
A l’adresse maintenant des nouveaux chrétiens algériens qui, en embrassant la foi de leur ancetres, si d’aventure ils se sentent mal accueillis par leur société d’aujourd’hui, disons-leur ceci : demeurez dans la patience dignes de nos illustres ancêtres Tertullien, le précurseur, Saint Cyprien le Martyr, et Saint Augustin le saint Docteur ! Eux aussi ne furent pas aussi facilement acceptés ni par les autorités de l’époque ni par les leurs. Demeurez donc fermes dans votre foi en la professant publiquement sans crainte, car elle témoigne de la résurgence de cette Lumière de la Vérité, jadis rejetée dédaigneusement par les déplorables donatistes et nous fut ainsi complétement spoliée pendant de longs siècles obscurs. A ceux qui nous reprochent d’avoir répondu aux exhortations de Saint Augustin, en réintégrant résolument la foi de nos ancetres, rappellons-leur le douceureux chant « La Lumière de la Vérité » qui nous fut composé par notre saint Docteur, ou cette non moins lumineuse citation léguée par notre Apologétiste: « ... Mais peut-être ne voulez-vous pas que nous périssions, nous que vous considérez comme de grands scélérats! Voilà pourquoi, sans doute, vous avez coutume de dire à un homicide: « Nie » ; et un sacrilège, vous le faites déchirer, s'il persiste à avouer. Si vous n'en agissez pas ainsi envers des criminels, vous nous jugez donc tout à fait innocents; vous ne voulez pas que nous persévérions dans un aveu que vous savez devoir condamner par nécessité et non par justice. Un homme crie : « JE SUIS CHRETIEN » Il dit ce qu'il est, et toi tu veux entendre ce qu'il n'est pas. Vous qui présidez pour arracher la vérité, de nous seuls vous vous efforcez d'entendre le mensonge!  « Tu me demandes, dit l'accusé, si je suis chrétien, Je te réponds: JE LE SUIS. Pourquoi me tortures-tu au mépris des règles de la justice? J'avoue et tu me tortures? Que ferais-tu, si je niais? » Il faut en convenir, quand les autres nient, vous ne les croyez pas facilement, et nous, si nous nions, vous aimez notre monsonge et vous y croyez aussitôt ! ».
Dieu fasse alors qu’en ces temps présents, c’est désormais une ère nouvelle qu'étrenne notre humble peuple en cheminant, dans sa voie vers le progrès, l'émancipation et sa réconciliation avec l'universalité en faisant siens les idéaux d’humanisme, de tolérance et de paix car en définitive tels furent les soucis constants de Tertullien, de saint Cyprien et de saint Augustin.

D. M. Damiano, 
Pisa, 27 Février 2005.

Bibliographie et Notes :
[1] Saint Augustin, “Confessions", Traduction anglaise du latin par R.S. Pine-Coffin, éd. Penguin Books, New-York, 1961.
[2] in G. Camps, "Les Berbères, Mémoire & Identité", p.183, Editions Errance, 1987.
[3] Matoub Lounès fut un poète, auteur et compositeur berbère algérien, originaire de Kabylie. Son anticonformisme, et son verbe acéré lui coûtèrent la vie, il fut en effet lâchement assassiné par les siens le 26 Juin 1998 au coeur meme de la Kabylie dont il s’était fait le chantre.
[4] Il est intéressant de remarquer que, 13 siècles plus tard, c'est précisément la persistance de cette pratique (trafic des indulgences) qui fut à l'origine de la Réforme de l'Eglise, au XVIe siècle.
[5] Jansénius est l'auteur de "Augustinus" publié après sa mort, où il donnait sa propre interprétation des concepts fondamentaux de la doctrine chrétienne: la grâce, le libre arbitre développés douze siècles plus tôt par Saint Augustin. Cet ouvrage, fortement controversé au demeurant, avait occasionné un schisme au sein de l'Eglise chrétienne au XVIIe siècle.
[6] Pr. André Mandouze est l'un des spécialistes les plus autorisés de Saint Augustin. Il est heureux d'apprendre que ce prestigieux chercheur avait également pris part au colloque d'avril dernier à Alger. Citation extraite de la préface de la réédition de la traduction française du père Louis de Mandadon, de "Confessions" de Saint Augustin, Ed. du Seuil, paris, 1982. La préface est intitulée: "Augustin préfacier d'Augustin". (remarquable humilité du Pr. Mandouze !).
[7] in Saint Augustin, “Confessions", Ed. du Seuil, paris, 1982,
[8] Henri-Irénée Marrou, Historien, philologue et musicologue français (1904-1977) ;   "L’ambivalence du temps chez Saint Augustin", Montréal, Institut d'Études médiévales; Paris, Vrin, 1950. Coll. «Conférence Albert le Grand».
[9] Cela semble d’ailleurs relever d'un non sens. Car le synonyme de "grâce" est "don", par conséquent c'est ce que l'on accepte comme bien sans l'avoir mérité d'aucune manière que ce soit, pas même par le biais de nos insistantes quêtes, mais nous le recevons uniquement par la volonté – spontanée et souveraine - de celui qui l'octroie.
[10] in Stephen Hawking, « Une Brève Histoire du Temps. Du Big-Bang aux Trous Noirs », Editions Flammarion, 1989.(p.26).
[11] Mouloud Mammeri, in Awal ghef Dda lmulud, Ouvrage collectif, Editions Asalu, Alger, 1990.
[12] Voici comment rapporte Saint-Augustin, dans ses « Rétractations », l’objectif de sa composition de ce chant : « CHANT  CONTRE LE PARTI DE DONAT : Dans le désir de porter à la connaissance du vulgaire et des hommes illettrés et ignorants l’affaire des Donatistes, et pour en graver la mémoire dans la multitude, j’ai composé suivant l’ordre des lettres latines un cantique qu’ils pussent chanter. Je ne l’ai fait que jusqu’à la lettre V. On appelle ces chants alphabétiques. J’ai laissé de côté les trois dernières lettres; mais je les ai remplacées par un épilogue où l’Eglise s’adresse à eux comme une bonne mère. Le refrain qu’on devait reprendre, et l’exposé de l’affaire, qui se chante, ne suivent pas l’ordre dis lettres; cet ordre ne commence qu’après le prologue. Je n’ai pas voulu employer de forme métrique absolue, de peur que la nécessité du vers ne me forçât de recourir à des termes moins connus du vulgaire. Ce cantique commence ainsi : « Vous tous qui jouissez de la paix, jugez la vérité. » C’est le refrain. »
[13] Frederic Nietzsche (1844 — 1900), « Par delà le bien et le mal », 1886.
[14] Ibn-Khaldun, “Histoire des Berbère et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrionale”, Traduction William Mc-Guckin De Slane (dit Baron De Slane), nouvelle édition sous la direction de Mohand Oulhadj Laceb, vol.1, Berti Editions, Alger, 2001. (page140)
[15] Ibid., page 138.
[16] Mouloud Mammeri, Entretien avec Tahar Djaout, suivi de "la cité du soleil" , Ed. Laphomic, Alger, 1987.

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