Cher Abdou,
Votre long message vous identifie comme un bon musulman cultivé qui, marqué par le verset 171 de la sourate "Les Femmes", et du verset 73 de la sourate "Almaida" du Coran, ressent la doctrine de la Trinité comme une grave offense à l'unicité de Dieu, et considère les chrétiens comme des "associateurs" (mouchrikoun), i.e. des polythéistes. Désirant trouver confirmation de cette position hors de l'islam, vous vous êtes tourné vers la secte des témoins de Jéhovah, dont la doctrine religieuse concernant la Trinité et la divinité du Christ est très proche de celle de l'islam. Pour cette raison votre message est l'exposé des arguments anti-trinitaires de la rubrique "Should You Believe in the Trinity?" dans le site Web des témoins de Jéhovah "Watchtower"
et demandez à "notre-Dame de Kabylie" d'y répondre.
et reproduit les paragraphes intitulés:
Le rôle de Constantin à Nicée (Constantine's Role at Nicaea)
Ce qui se passa ensuite (Further Development)
Le symbole d’Athanase (The Athanasian Creed)
L’apostasie annoncée (Apostasy Foretold) avec au début "
THIS disreputable history of the Trinity fits in with what Jesus and his apostles foretold would follow their time.", que vous traduisez (avec majuscules) "CE LAMENTABLE itinéraire de la Trinité fait écho aux paroles de Jésus et de ses apôtres"Quelle influence? (What Influenced It?)
Le platonisme (Platonism)
Pourquoi les prophètes de Dieu ne l’ont-ils pas enseignée?(Why Did God's Prophets Not Teach It?) qui se termine par "The testimony of history is clear: The Trinity teaching is a deviation from the truth, an apostatizing from it" que vous traduisez: "Le témoignage de l’Histoire est clair: le dogme de la Trinité est une déviation et relève de l’apostasie".
Un premier commentaire consiste à dire que la secte des témoins de Jéhovah est connue pour ses falsifications grossières autant de la Bible que des sources historiques qu'elle cite. Ainsi pour la Bible leur préface de présentation dit: "Les traducteurs du présent ouvrage, qui craignent et aiment 1'Auteur divin des Saintes Ecritures, estiment avoir une obligation particulière envers Lui, celle de transmettre aussi exactement que possible les pensées et les paroles de Jéhovah Dieu". Ce qui amène le site
à faire cette remarque: "Nous sommes donc avertis : ils ne traduisent pas seulement ses paroles, mais d'abord ses pensées. Alors, lorsqu'ils estiment qu'un mot de la Bible ne correspond pas à la pensée de Dieu, il croient de leur devoir de traduire de façon à ce qu'il exprime la "pensée de Dieu", en l'occurrence la pensée de la Tour de Garde(Watchtower). Si une traduction de la Bible n'est plus simplement la traduction de la Parole écrite, le risque est grand d'y trouver les pensées des traducteurs, prêtées à Dieu".
La situation est la même pour tous les auteurs que vous citez, et dont vous reprenez les extraits dans la traduction fidèle que vous faites. Les phrases de leurs articles sont tronquées, manipulées, sorties de leur contexte, pour amener le lecteur à une conclusion opposée à celle de l'auteur de la citation. Ceci est amplement, rigoureusement étudié, et répertorié sur le site protestant
où figurent 67 auteurs dont, pour la Trinité, ceux de votre message, pour lesquels les manipulations de texte sont identifiées. Ce site parle ainsi de "A noxious weed in the garden of truth" (Une mauvaise herbe dans le jardin de la vérité). Les informations sur ces manipulations seront données plus bas dans le prochain paragraphe.
A partir des données de votre foi religieuse, vous avez fait un bien mauvais choix, en utilisant un site si contestable. Cependant vous montrez ainsi implicitement un désir d'élargir votre information, et un réel intérêt pour l'histoire de l'Eglise, plus particulièrement pour la formation de la doctrine chrétienne de la Trinité, sans doute l'une des plus complexes dans l’histoire des religions antiques. "Notre-Dame de Kabylie" s'en réjouit, car ce site voit là l'occasion d'un dialogue sur des bases solides.
Le fondement historique de votre texte est globalement correct. Mais, avec les manipulations grossières de "Should You Believe in the Trinity?", les conclusions qui en sont tirées deviennent contestables, car elles ne s'en tiennent plus uniquement aux faits, mais font intervenir le choix idéologique des témoins de Jéhovah. L'analyse ainsi faite mêle alors assez confusément des éléments historiques vérifiés avec des éléments dépréciatifs et interprétatifs qui ne relèvent nullement de l’histoire, mais de l’apologétique de cette secte. Ce sont ces éléments qui brouillent le texte qui, au travers des questions qu'il pose, concerne essentiellement la nature réelle de la révélation chrétienne.
C'est pourquoi tout de suite après le paragraphe consacré aux tricheries de "Should You Believe in the Trinity?", et avant de donner une réponse aux questions posées, un paragraphe présentera les conceptions radicalement différentes de la "Révélation" dans l'islam, et dans le christianisme. Leur discernement est essentiel pour la suite, car l'absence de ce discernement conduirait à un dialogue de sourds.
-2. Les tricheries de "Should You Believe in the Trinity?"
Pour chacun des auteurs qu'avec les témoins de Jéhovah vous citez, ces tricheries sont répertoriées et analysées sur http://www.bible.ca.htm dans les rubriques: Ces duperies sont clairement présentées dans une colonne "How the Watchtower quoted the source" faisant face à la colonne "What they left out to deliberately misrepresent the source and deceive you" (ce qu'ils ont censuré pour délibérément corrompre la source et vous tromper).
-3 Deux conceptions radicalement différentes de la révélation
A l'inverse du christianisme, l'islam voit la révélation de Dieu comme la communication d'un message qui n'enseigne pas ce que Dieu est, mais ce qu'Il veut. Dieu fait descendre son Livre à des époques de l'Histoire. Ce livre céleste, dit "incréé", "inimitable", le Coran, transmis à Muhammad (considéré comme le Sceau des prophètes), est redescendu pour corriger ce que les musulmans appellent les falsifications de la Bible par les juifs et les chrétiens. Ce livre incréé est premier, avant toute tradition interprétative [1]. Avant d'être "corrompue" la Bible aurait été ce livre céleste, qui aurait en particulier annoncé la venue de Muhammad.
La conception chrétienne de la révélation, que l'on peut dire dynamique par rapport à celle de l'islam, est essentiellement différente. Le philosophe exégète Claude Tresmontant, membre correspondant de l'Institut, spécialiste du prophétisme hébreux, et qui a enseigné la philosophie des sciences à la Sorbonne [2], en a fait le sujet central de bien de ses livres. On le trouve en particulier exposé clairement dans son livre "Les premiers éléments de la théologie" (Ed. O.E.I.L., 1987), destiné aux étudiants des classes préparatoires aux Grandes Ecoles. Le texte complet de cet ouvrage est disponible sur Internet. Compte tenu de votre intérêt manifeste pour l'histoire de l'Eglise, il n'est pas douteux que vous entreprendrez sa lecture via le lien
Nous résumons ci-dessous les points essentiels que cet auteur développe. Il les expose dans le langage de la théorie de l'information, et en utilisant l'image de l'embryogenèse.
La révélation est la communication par Dieu incréé d'une information créatrice à l'Homme créé. Cette information communiquée s'adresse à l'esprit de l'homme, à sa pensée, à son intelligence et à sa liberté ([2], p.51), car Dieu est un Père qui aime sa création et avant tout son sommet: l'homme. L'homme est capable d'entendre ce que Dieu lui dit, de le comprendre, de l'assimiler, et de répondre à Dieu. Il est un être en relation avec l'Unique incréé qui l'aime, et cette relation est déjà surnaturelle. Un tel aspect est absent dans l'islam. Comme le dit Annie Laurent, le Dieu du Coran est un Dieu transcendant, et seulement transcendant, alors que le Dieu révélé en et par Jésus-Christ est à la fois transcendant et immanent. Dans l’islam, Dieu reste étranger à sa créature, il ne se mêle pas Lui-même à son histoire.
Dans le prolongement des prophètes de l'Ancien Testament, le message du Christ (Nouveau Testament) a fourni la plénitude de cette information. Tresmontant la compare à l'information génétique: le phénotype, via le noyau de la cellule qui contient la molécule géante sur laquelle sont inscrites les informations qui commandent à la construction de l'organisme nouveau qu'a été l'Eglise à cette époque.
Cependant l'homme ne pouvant pas assimiler au départ la plénitude de cette information, de cette révélation, sa communication a été, et continue à être, progressive ([2], p.52-53), comme l'a établi la critique biblique (sans équivalent dans l'islam). C'est ce que dit saint Paul dans son épître 1 Corinthiens 3; 1,2
"Moi-même, mes frères, ce n'est pas comme à des hommes spirituels que j'ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels. Je n'ai pu vous donner que du lait à boire, comme à des bébés dans le Christ, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas l'assimiler, et vous ne l'êtes pas même à présent, parce que vous êtes encore charnels."
La révélation est ainsi la communication d'une information divine sur la pâte humaine travaillée, transformée progressivement par Dieu le créateur qui transmet son Esprit Saint ([2], p.59), en vue d'aboutir à l'Homme Nouveau. Les dogmes sont des éléments de cette communication progressive. Leur développement est de type embryonnaire. Pour comprendre la révélation chrétienne, il faut s'orienter vers l'avenir, le terme de la révélation, et non vers son commencement ([2], p.61). Le christianisme porte sur l'origine de tout ce qui existe, et sur la finalité de la création, sa raison d'être ([2], p.68). Il a pour but de nous rendre intelligibles les informations d'un Dieu Amour, requises pour accéder à cette finalité, et coopérer à l'achèvement de la création en chacun de nous.
On est bien dans une situation équivalente à celle de l'embryogenèse ou de l'ontogenèse, c'est-à-dire le développement de l'être vivant à partir de l'oeuf fécondé ([2], p. 125). Comme en biologie, l'information n'augmente pas au cours du développement. L'information initiale inscrite dans les molécules géantes qui se trouvent dans le noyau de l'oeuf fécondé, commande à la construction de l'organisme vivant, selon un programme fixe. Mais il n'y a pas plus d'information au terme du développement qu'au commencement. Le développement dogmatique, en théologie, est de ce type. Il n'y a pas plus d'information au terme actueldu développement dogmatique qu'au temps de saint Paul, ou de l'auteur quatrième évangile. Mais l'Église progressivement approfondit son sens, car elle comprend d'une manière plus explicite ce qui était contenu dans la pensée de l'Église lorsqu'elle était toute petite, lorsqu'elle a été conçue, à partir du message du Nouveau Testament qui concerne la révélation et l'incarnation. Le développement dogmatique est ainsi parfaitement comparable au développement embryo-génétique.
"Le dogme christologique s'est développé par crises (tout message nouveau rencontre une résistance du milieu), comme le dogme trinitaire et tous les autres dogmes, sauf peut-être le dogme marial. …. Un dogme est une proposition qui affirme une vérité. L'Église pense que quelque chose est vrai et elle le dit. Elle n'est pas sceptique. Elle ne passe pas son temps à dire: Que sais-je? Elle ne passe pas son existence dans le doute." ([2], p.123)
Sur cette base, il est maintenant possible de répondre aux différentes questions
- 4 "Si la Trinité n’est pas un enseignement biblique, comment est-elle devenue une doctrine de la chrétienté?"
-4.1. L'information "initiale" de la Bible
-(b) Dans ses Épîtres, écrites entre 50 et 60 Paul répond aux interrogations nées sur la filiation divine de Jésus: le Christ est un être divin qui a consenti, pour l’amour des hommes, à devenir l’un d’entre eux, jusqu’à endurer une mort infamante avant de ressusciter et de retrouver la gloire qui lui appartenait (Philippiens, II, 5-11).
-(c) Le baptême a été conféré «au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit» (Matthieu, XXVIII, 19).
-(d) Sur l'identité de Jésus: «Et vous, qui dites-vous que je suis?», demande Jésus à ses disciples. «Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. Jésus lui répondit: Tu es bienheureux, Simon, fils de Jonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui te l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux» dit-il dans Matthieu, XVI, 16). Voir aussi Jean (1;1) ("… et le Verbe était Dieu"), Jean (10;30) ("Moi et le Père nous sommes un"), Jean (17;21) ("Père Tu es en Moi, et Moi en Toi) et Jean (5;18,19), (8; 24, 28, 58), (13; 19).
"Nous ne disons pas que le corps du Christ est Dieu. Mais nous affirmons que Dieu s'est manifesté dans le corps du Christ. Dans notre Église, nous affirmons que sa divinité n'a jamais été séparée de son humanité, même pendant un infime instant. Le Christ avait deux natures: la nature divine et la nature humaine, et ceci sans mélange. Elles n'ont pas fusionnées, ni n'ont été modifiées. Je vais vous donner un dernier exemple illustré par une image, celle du fer plongé dans le feu. Le métal chauffé au rouge vif, prend un autre aspect, totalement différent du précédent, cependant il reste du métal, mais du métal uni au feu. Ce fer brûle, car il y a maintenant union de la matière avec le feu. Mais dans cette unité ni le fer devient feu, ni le feu devient fer. Nous sommes en présence de tout autre chose: le fer a perdu sa couleur, et il peut enflammer un autre matériau. Il a pris une autre nature. Ainsi on est en présence de deux natures, l'une celle du fer devenu malléable, l'autre celle du feu qui brûle. On est en présence du fer sans contact avec le feu, mais le feu se manifeste encore par ses effets. Ainsi si une personne touche le fer, elle va se brûler, n'est-ce pas? Donc avant ce n'était que du fer, et il ne brûlait pas. Il n'était pas uni au feu. Nous disons ici qu'après avoir porté le fer au rouge vif, le feu n'a à aucun moment été transformé en fer, et le fer transformé en feu. Le feu est resté ce qu'il était avant, et le fer est resté ce qu'il était avant. Mais à haute température il y a eu union totale du fer et du feu. Alors deux natures coexistent: celle du fer qui est malléable, et celle du feu qui brûle.
De la même façon le Christ est l'union de la Divinité (le feu) et de l'humanité (le fer). Ainsi le Christ a accompli des actes divins, et des actes humains à travers son humanité, il a mangé et bu avec son corps. Est-ce clair maintenant?
Ainsi le Christ a deux natures: deux natures parfaitement unies. Par sa nature humaine Il a effectué tous les actes humains, et par la nature divine Il effectué tous les actes divins. Le corps n'a pas été transformé en Dieu, et Dieu n'a pas été transformé en corps. Il y avait union parfaite de la divinité et de l'humanité. A ce sujet, dans sa première épître à son disciple Timothée, Saint Paul dit (3- 16): "C'est un grand mystère que celui de Dieu qui a été manifesté dans la chair".
-(h) L'Ancien Testament fournit une allusion avec la théophanie des chênes de Mambré où trois hommes se trouvent subitement debout devant Abraham, qui s'adresse simultanément aux trois en les appelant "Seigneur" (Gn 18; 3)
-4.2. Sur cette "information initiale" l'analogie avec développement embryonnaire répond alors à la question posée.
L'action divine sur la pâte humaine travaillée, et transformée progressivement par Dieu qui transmet son Esprit Saint, peut alors aussi bien agir sur un empereur (Constantin) non baptisé avec des intentions politiques, que sur une humble bergère à Lourdes (au 19ème siècle avec la dogme de l'Immaculée Conception) pour laquelle aussi la compréhension du dogme n'était pas très claire. Ce que vous dites ensuite jusqu'au symbole d'Athanase (inclus) illustre la résistance qu'oppose naturellement le milieu à tout changement dans les habitudes de penser (c'est une loi naturelle, voir les résistances en physique à la théorie de la relativité), que mentionne Tresmontant dans son livre en analysant les crises du développement dogmatique.
-5. Réponse au paragraphe intitulé "L’apostasie annoncée"
Toute cette partie constitue une partie manipulée par l'article "Should You Believe in the Trinity?", donc qui ne relève nullement de l’Histoire. Les commentaires, comme celui: "La doctrine trinitaire du IVe siècle ne donnait pas une idée exacte des croyances des premiers chrétiens sur la nature de Dieu; elle en constituait au contraire une déviation", manifestent une totale ignorance de la nature de la révélation chrétienne. Ils sont aussi ceux de préjugés connus anti-dogmatiques (cas de la franc-maçonnerie par exemple), résultant de l'opposition du Monde et de son Prince (au sens johannique) à l'œuvre de Dieu: "le Monde vous haïra comme il m'a haï" a dit Jésus (Jean 15; 18-19). Quant à l'interprétation des paroles de Jésus et de ses apôtres, l'Eglise lui a toujours donné un sens opposé, l'apostasie étant le rejet la nature progressive de la révélation, et de l'action continue de Dieu sur l'Eglise. A ce sujet Tresmontant dit:
"Si l'on ne discerne pas la nature divine de l'Église, c'est-à-dire l'action et la présence réelle de Dieu, son opération immanente, avec la coopération de l'homme, alors on ne peut plus du tout comprendre l'existence même de l'Église qui dure depuis bientôt vingt siècles et qui se développe d'une manière irréversible. L'existence même de l'organisme est inintelligible si vous enlevez le principe informant. Si vous ôtez le principe informant, il ne reste pas un organisme mais une multiplicité d'éléments épars, c'est-à-dire un cadavre qui s'en va en poussière. L'Église est un organisme spirituel et physique.C'est donc qu'elle est informée. Et l'Église a conscience, conscience actuelle, de recevoir actuellement l'information qui vient de Dieu, non seulement l'information qui vient de la révélation, mais l'information qui provient de l'inhabitation, de la présence réelle de Dieu créateur dans l'Église, c'est-à-dire dans l'humanité en régime de transformation." ([2], p. 286).
- 6 Réponse à " Quelle influence?"
Tout ce paragraphe de votre texte cite amplement des historiens et ouvrages affirmant que le dogme trinitaire résulte de l'adoption de conceptions païennes regroupant trois dieux sous forme d'une triade, ou en Egypte où "trois dieux en un seul dont on peut parler au singulier". L'hérésie Mariamite aurait d'ailleurs pu être ajoutée à cette liste, car c'est celle qui subsistait en Arabie du temps de Muhammad. Le Père Zakaria Boutros dans les 4 épisodes de l'article "La Trinité dans le christianisme" de ce site (cf. la rubrique "Réponses chrétiennes aux objections musulmanes") répond à ces affirmations incroyablement et grossièrement fausses, qui ne relèvent nullement de l’histoire. En effet pour les chrétiens la Trinité concerne trois manifestations différentes d'un Dieu Unique (le Credo chrétien dit "Je crois en un seul Dieu"). Jamais un chrétien (qualifié d'associateur dans les livres de l'islam) n’a adoré trois dieux, ainsi que le croient les musulmans. Le concept de Trinité est lié à trois attributs personnels d'une seule et unique Divinité. Le Père Zakaria montre d'ailleurs comment les livres saints de l'islam, et leurs commentateurs mentionnent de façon séparée ces trois attributs. Quant à l'influence de Platon sur les Pères de l'Eglise, elle est amplement discutée pages 702 à 708 de l'ouvrage [3], pour réfuter son poids.
-7. Réponses aux questions de la fin du texte.
Pourquoi les prophètes de Dieu ne l’ont-ils pas enseignée? (la doctrine de la Trinité)
POURQUOI, pendant des millénaires, …. sans consacrer un peu de cette instruction à l’enseignement de la Trinité?
Les chrétiens peuvent-ils croire que, …. et qui fut “essentiellement le résultat des préoccupations politiques de l’Église”?
Réponse
La révélation dans le christianisme est de nature différente de celle de l'islam. Elle ne se fait pas en une seule étape (voir ci-dessus saint Paul dans 1 Corinthiens 3; 1,2). Elle communique ce que Dieu Est, ce qui ne peut se faire que progressivement. La révélation est la communication d'une information divine sur la pâte humaine travaillée, transformée progressivement par Dieu. Vous reprenez ces questions de "Should You Believe in the Trinity?", car elles pourraient être posées par tout musulman, et pour lequel un Dieu seulement transcendant et inaccessible, a dicté une fois pour toutes ce que l'homme doit savoir. Ceci est sans lien avec la doctrine chrétienne.
La réponse à la conclusion "Le témoignage de l’Histoire est clair: le dogme de la Trinité est une déviation et relève de l’apostasie." est évidente. En effet il s'agit d'une histoire manipulée par les témoins de Jéhovah, qui font dire aux historiens cités, ce qu'ils ne disent pas. C'est malhonnête. C'est un faux témoignage.
Il est de la liberté de chacun de rejeter la conception chrétienne de la révélation (mais ceci suppose de bien la connaître), et éventuellement lui préférer celle de l'islam, mais il n'est pas possible d'invoquer pour cela un faux témoignage montrant une incompréhension totale de la nature de cette révélation.
Que Dieu vous bénisse et vous soutienne dans votre recherche de la vérité.
REFERENCES
[1] François Jourdan "Dieu des chrétiens et Dieu des musulmans" Ed. L'oeuvre (avril 2008)
[2] Claude Tresmontant "Les premiers éléments de la théologie" (Ed. O.E.I.L., 1987). Tresmontant (décédé en 1997) est reconnu internationalement comme un spécialiste du prophétisme hébreu. A sa disparition Pierre Chaunu (membre de l'Institut) a fait son éloge. Le grand rabbin Jacob Kaplan disait de lui "Ce Juste parmi les nations est l'homme au monde qui sait l'hébreu, nous, nous savons de l'hébreu" (rubrique "Lettres du Figaro du samedi, dimanche 20 avril 1997).
Correspondant de l’Institut, Claude Tresmontant a enseigné pendant plusieurs années à la Sorbonne la philosophie des sciences et la philosophie médiévale. Ses travaux et publications ont porté sur l’histoire de la pensée chrétienne depuis ses origines hébraïques jusqu’à la crise moderniste. Avec une égale ferveur, Claude Tresmontant s’est intéressé aux problèmes posés par la philosophie des sciences. Depuis son premier ouvrage, un Essai sur la pensée hébraïque paru en 1953, il n’a cessé d’approfondir sa connaissance de l’hébreu et de s’interroger sur le texte grec des Évangiles, publiant notamment Christ hébreu (1983) qui a suscité de très vives controverses. Claude Tresmontant a également travaillé de nombreuses années à une vaste étude lexicale comparative entre la langue grecque utilisée dans les Évangiles et l’hébreu parlé au temps de Jésus et des évangélistes. Cette étude – non publiée – court sur plusieurs milliers de pages. Claude Tresmontant a obtenu le prix Maximilien-Kolbe en 1973 et le Grand Prix de l’Académie des sciences morales et politiques en 1987 pour l’ensemble de ses travaux dont témoignent plus d’une cinquantaine d’ouvrages et de nombreux articles sur la patristique, les hérésies chrétiennes, la gnose, la pensée médiévale, le judaïsme.
Voir ses ouvrages sur http://pagesperso-orange.fr/fx.de.guibert/html/philo.htm
qui conclue en disant: "Beaucoup restera à faire pour explorer tous les aspects de cette oeuvre incontournable pour qui désire comprendre la pensée catholique de notre temps. Il n’y a pas là exagération outrancière, ni hommage hagiographique, mais une simple conviction partagée par le journaliste Guy Sorman qui lui avait consacré un long article dans le Figaro Magazine du 23 décembre 1988, dans le cadre d’une chronique qu’il avait intitulée : «Les vrais penseurs du XXe siècle ».
[3] Encyclopédie Méthodique (Diderot & d'Alembert), chez Panckoucke, Paris 1790. Théologie, tome 3.